Le plus secret des savoirs !!!

 

Le plus secret des savoirs !!!




" Ce savoir est roi entre toutes les sciences; il est le secret d'entre les secrets, la connaissance la plus pure, et parce qu'il nous fait directement réaliser notre identité véritable, représente la perfection de la vie spirituelle. Il est impérissable, et d'application joyeuse." ( Bhagavad-Gita 2 / IX )

On dit du savoir contenu dans ce chapitre de la Bhagavad-gïta qu'il est roi entre toutes les sciences", l'essence même de toutes les doctrines et philosophies analysées précédemment. L'Inde nous a donné sept philosophes principaux: Gautama, Kanâda, Kapila, Yâjnavalkya, Sàndilya, Vaisvanara et, finalement, Vyâsadeva, l'auteur du Vedànta-sutra; ces maîtres n'ont laissé vide aucun secteur de la philosophie ou de la science spirituelle. Or, le Seigneur dit ici que de toutes ces connaissances, ce chapitre est le roi; qu'il constitue l'essence même de tout le savoir acquis par l'étude des Vedas et des diverses philosophies. Il est le plus secret, le plus "confidentiel" car le savoir spirituel, en lui-même secret, implique qu'on sache distinguer; l'âme du corps; et ce savoir, lorsqu'il culmine dans le service de dévotion, devient le roi d'entre tous les savoirs.

Instruits exclusivement dans la connaissance matérielle (politique, sociologie, physique, chimie, mathématiques, astronomie, technologie, etc.), la plupart des hommes n'ont pas développé ce savoir "confidentiel". Parmi tant d'institutions d'enseignement, tant d'universités qui parsèment le monde, pas une seule, malheureusement, n'enseigne la science de l'âme. Pourtant, l'âme est l'élément le plus important dans le corps: sans sa présence, il perd toute valeur. Et malgré tout, l'homme persiste à placer l'accent sur les besoins du corps, sans aucun souci de l'âme qui l'anime.

La Bhagavad-gîtâ, elle, souligne précisément, surtout à partir du second chapitre, l'importance primordiale de l'âme. Dès le début, le Seigneur enseigne que le corps est périssable, mais non l'âme. Or, ce savoir, qui permet de distinguer l'âme du corps et d'en connaître la nature immuable indestructible et éternelle, ce savoir donc, bien que déjà "confidentiel", ne donne sur l'âme aucune information positive. Certains sont parfois sous l'impression qu'à la dissolution du corps, ou au moment de la libération de ce corps, l'âme, distincte de ce corps, devient impersonnelle, pour se fondre dans un "vide". Hypothèse sans fondement: comment l'âme, si active dans le corps, pourrait-elle cesser d'agir une fois libérée du corps? L'âme est toujours active. Eternelle, elle est éternellement active, et la  connaissance de ses activités éternelles, dans le monde spirituel, est ici décrite comme constituant la part la plus "confidentielle" du savoir spirituel, le roi du savoir. 

Les Ecritures védiques définissent ce savoir comme l'acte dans sa forme la plus pure. Le Padma Purana, lorsqu'il analyse les actes coupables de l'homme, montre qu'ils sont la conséquence d'un enchaînement sans fin de péchés. Car, ceux qui agissent pour bénéficier des fruits de leurs actes se trouvent pris dans un tourbillon de conséquences très diverses, de formes de degrés multiples. Par exemple, lorsqu'on plante une graine, l'arbre n'apparaît pas aussitôt, il ne pousse pas d'un seul coup; la maturation demande un certain temps. D'abord un germe apparaît, qui se transforme en arbuste puis en arbre. Viennent ensuite les fleurs, et plus tard seulement, les fruits que celui qui a planté la graine pourra goûter, quand l'arbre sera parvenu à son plein épanouissement. De même, les actes coupables accomplis par l'homme ne fructifient qu'après une certaine période de temps. On distinguera donc divers degrés de fructification. L'acte coupable peut, par exemple, avoir déjà pris fin chez l'individu tandis que ce dernier continue d'en goûter les fruits. Il est d'autres fautes qui attendent toujours à l'état de semence; ou bien d'autres encore qui ont déjà fructifié, et donnent maintenant leurs fruits, de souffrances et de douleur.

Celui qui a mis un terme définitif aux suites de ses activités pécheresses et qui se dédie pleinement à des actes vertueux, libres des dualités de ce monde, s'engage activement dans le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, Sri Krishna. Autrement dit, quiconque sert avec dévotion le Seigneur Suprême est déjà libéré de toutes les suites de ses actes; tous les effets de ses péchés, mûrs, latents ou encore à l'état de germe, disparaissent graduellement. Telle est la puissance purificatrice du service de dévotion, et pour cette raison, on le qualifie de pavitram uttamam, "le plus pur". Le mot uttama signifie "qui est au-delà de la matière"; tamas désigne ce monde de ténèbres, et uttama, ce qui transcende l'action matérielle. Aussi, les actes de dévotion, même si le bhakta semble parfois agir au même niveau que le profane, ne doivent jamais être considérés comme matériels; celui qui possède la claire vision et une connaissance substantielle du service de dévotion les sait purement spirituels et empreints d'amour, non souillés par les trois gunas.

La pratique du service de dévotion est dite si sublime qu'on en peut percevoir les effets de façon directe. D'autre part, l'expérience nous montre que quiconque chante ou récite les Saints Noms de Krishna:

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare ressent, en temps opportun, une joie spirjtuelle incomparable, et se purifie très bientôt de toute souillure matérielle. Cela se réalise pratiquement. De plus, si non seulement on écoute les gloires du Seigneur et chante Ses Saints Noms, mais qu'on s'efforce également de propager l'action dévotionnelle, de contribuer aux activités missionnaires de la Conscience de Krishna, on se sentira graduellement progresser sur la voie spirituelle. Et ce progrès ne dépendra nullement de notre éducation, ni de nos qualifications antérieures; la voie dévotionnelle est si pure que par le simple fait d'y poser ses pas, on gagne d'être purifié.

Le Vedânta-sûtra le confirme:'Telle est la puissance du service de dévotion que quiconque s'y engage devient sans nul doute éclairé."

Ce qu'illustre l'exemple de Nârada.
D'humble naissance, fils d'une servante, il n'avait reçu aucune éducation. Mais, comme sa mère s'était mise au service de grands dévots du Seigneur, Nârada, qui l'assistait, avait l'occasion, chaque fois qu'elle s'absentait, de la remplacer auprès d'eux. Le Srïmad-Bhâgavatam rapporte ses paroles : 
"Une fois seulement, avec leur permission, je mangeai les reliefs de leur repas, et aussitôt, tous mes péchés furent effacés. Ainsi, engagé à leur service, mon cœur se purifia, et leur nature de spiritualistes me fascina.'' 

Dans ce verset, Nârada raconte à son disciple Vyâsadeva comment, au cours d'une vie passée, il servit, tout enfant, de purs dévots du Seigneur pendant les quatre mois de leur séjour au lieu où il habitait, et comment il eut avec eux un contact très intime. Parfois, les sages laissaient un peu de nourriture sur leurs plats, et le jeune garçon, qui devait nettoyer ces plats, désira goûter leurs restes. Il demanda donc un jour à ces grands bhaktas la permission de le faire, permission par eux accordée. Ces aliments sanctifiés délivrèrent Nârada des suites de tous ses actes coupables, et, comme il mangeait, rendirent progressivement son cœur aussi pur que celui des sages. Ces grands bhaktas goûtaient l'extase de toujours servir le Seigneur avec amour, en écoutant Ses gloires, en les chantant..., et Nârada, à leur contact, développa le même goût, le même désir d'écouter et de chanter les gloires du Seigneur. C'est ainsi, en la compagnie des grands sages, que grandit en lui le désir ardent d'adopter le service de dévotion. Nârada cite donc ce verset du Vedânta-sutra, où il est dit que tout s'éclaire, que tout se révèle automatiquement à celui qui simplement s'engage dans les actes de dévotion. C'est ce qu'on appelle la perception directe, que traduit le mot prakâsah.

Nârada n'était que le fils d'une servante, il n'avait pas eu l'occasion de fréquenter l'école, et se contentait d'assister sa mère dans son travail. Par bonheur, cependant, sa mère se mit au service de grands bhaktas, et il eut ainsi l'occasion, tout enfant, de les servir lui aussi. Or, par ce simple contact, il atteignit le but ultime de toute religion: le service de dévotion. Le Srîmad Bhâgavatam nous l'enseigne: les gens qui pratiquent la religion ignorent en général que la perfection de toute religion consiste à atteindre au service de dévotion. Bien que, pour comprendre le sentier de la réalisation spirituelle il faille généralement développer la connaissance védique, Nârada, lui, recueillit, sans avoir été instruit de leurs principes, les plus hauts bienfaits que confère l'étude des Vedas. La bhakti a un pouvoir tel qu'elle permet d'atteindre la plus haute perfection de la religion sans qu'on ait à en exécuter ponctuellement les rites. Comment cela est-il possible? Les Vedas nous l'expliquent: même s'il n'a reçu aucune éducation, ni étudié les Vedas, celui qui entre en contact avec de grands âcâryas peut acquérir toute la connaissance nécessaire à la réalisation spirituelle.

Joyeuse est la pratique du service de dévotion. Pourquoi? Parce qu'il consiste principalement à écouter et à exalter les gloires du Seigneur. Ainsi, on peut simplement écouter le chant des gloires du Seigneur, ou assister à des discours philosophiques sur la connaissance spirituelle, donnés par de purs acaryas. Par le simple fait de s'asseoir et d'écouter, on peut apprendre. Et on peut également savourer les reliefs de la merveilleuse nourriture offerte au Seigneur. La méthode est donc joyeuse, à tous les niveaux, et accessible même au plus pauvre des hommes. Le Seigneur dit qu'il acceptera de Son dévot la plus mince offrande, qu'il s'agisse d'une feuille, d'une fleur, d'un morceau de fruit, d'un peu d'eau, choses que partout dans le monde on peut se procurer. Il accueillera l'offrande qu'on Lui présente. Le bhakti-yoga est donc une méthode de réalisation spirituelle qui s'accomplit dans la joie, et l'Histoire en offre maints exemples: celui, entre autres, de Sanatkumâra, qui devint un grand dévot du Seigneur simplement pour avoir goûté les feuilles de tulasï offertes à Ses pieds pareils-au-lotus. Tel est le caractère merveilleux de cette voie.

Ce verset ajoute que, contrairement à ce que prétendent les philosophes mayâvâdîs, le service de dévotion est éternel. Eux aussi pratiquent parfois ce qu'ils appellent le service de dévotion, mais seulement jusqu'à ce qu'ils aient atteint la libération; alors, ils le rejettent, car, disent-ils: "A présent, nous ne faisons plus qu'Un avec Dieu." Comment qualifier de pur service de dévotion une "dévotion", un "service", aussi éphémère, faisant office d'utilité? Le véritable service dévotionnel se poursuit même après la libération. Quand le bhakta atteint le monde spirituel, le royaume de Dieu, il continue de servir le Seigneur Suprême, sans jamais chercher à s'identifier à Lui. 

En fait, nous le verrons, le vrai service de dévotion commence après la libération, lorsqu'on a atteint le niveau du brahman, le brahma-bhûta. Le bhakti-yoga permet à qui l'exécute de comprendre Dieu, la Personne Suprême. D'autre part, le Srïmad-Bhâgavatam confirme que c'est après s'être purifié par la pratique du service de dévotion ( et particulièrement après avoir écouté des lèvres d'âmes réalisées le Srimad-Bhâgavatam et la Bhagavad-gîta), qu'on peut comprendre la science de Krishna, la science de Dieu. Quand le cœur se purifie de toute souillure, alors on peut comprendre ce qu'est Dieu. Aussi le senvice de dévotion, la conscience de Krishna, est-il roi parmi toutes les sciences, roi des savoirs secrets, ou "confidentiels"; il constitue la forme la plus pure de la vie spirituelle et s'accomplit joyeusement, sans peine: tous devraient l'adopter.