Le sanyasa, un ordre prestigieux...

 



Sa Divine Grâce Srila Bhaktisiddanta Sarasvati Goswami Maharaja

Le châtiment de Haridasa le Jeune...

Srîla Bhaktivinoda Thâkura explique comme suit la teneur de ce chapitre dans son Amrita-pràvaha-bhàsya. Krisnadâsa Kavirâja Gosvàmï, l'auteur du Srï Caitanya-caritàmrita, désirait faire état de rencontres personnelles avec Sri Caitanya Mahâprabhu Lui-même, avec ceux qu'il avait investi de pouvoirs, et avec Ses manifestations personnelles (àvirbhâva). C'est ainsi qu'il en vint à décrire les gloires de Nrisimhânanda et autres dévots. Un bhakta du nom de Bhagavân Àcârya faisait preuve d'une fidélité exceptionnelle envers les pieds pareils-au-lotus de Sri Caitanya Mahâprabhu. Son frère, par contre, qui s'appelait Gopâla Bhatta Àcârya, discourait sur la thèse impersonnaliste (mâyavâda), et Srîla Svarûpa Dâmodara Gosvàmï, le secrétaire de Sri Caitanya Mahâprabhu, interdit à Bhagavân Acârya d'y prêter l'oreille. Plus tard, lorsque à la requête de Bhagavân Àcârya, Haridâsa le Jeune alla demander l'aumône à Màdhavïdevï, il se rendit coupable d'une faute en s'entretenant familièrement avec une femme alors qu'il avait accepté l'ordre du renoncement. Pour cette raison, Sri Caitanya Mahâprabhu le renia, et en dépit de toutes les requêtes que Lui adressèrent Ses plus fervents dévots, le Seigneur ne le reprit jamais à Ses côtés. Un an après cet incident, Haridâsa le Jeune se rendit au confluent du Gange et de la Yamunâ pour s'y enlever la vie. Il continua toutefois, dans sa forme spirituelle, à chanter des hymnes dévotionnels que Sri Caitanya Mahâprabhu accepta d'entendre. Lorsque les vaisnavas du Bengale rendirent visite à Sri Caitanya Mahâprabhu, ces événements furent portés à la connaissance de Svarupa Dâmodara et de ses compagnons.

Verset 113

Le Seigneur Caitanya dit à Govinda, Son serviteur personnel :

'aji haite ei mora ajnâ paliba, chota haridase ihân àsite nâ dibâ

'"A compter de ce jour, ne laisse plus Chota Haridasa venir ici."

Verset 114

dvâra manâ haila, haridasa duhkhi haila mane, ki lâgiyâ dvàra-mânà keha nâhi jâne

Haridâsa le Jeune fut consterné d'apprendre qu'il lui était désormais formellement interdit d'approcher Sri Çaitanya Mahâprabhu. Personne nepouvait comprendre la raison pour laquelle un tel ordre avait été donné.

Verset 115

tina-dina haila haridâsa kare upavasa, svarûpâdi âsi, puchilâ mahâprabhura pasa

Haridâsa jeûna alors sans faillir pendant trois jours. Svarupa Dàmodara et les autres dévots intimes de Sri Caitanya Mahaprabhu vinrent ensuite s'enquérir auprès de Lui.

Verset 116

'kon aparâdha, prabhu, kaila haridasa? ki lâgiyà dvâra-mânà, kare upavâsa?

"Quelle terrible offense Haridâsa le Jeune a-t-il donc commise? Pour quoi l'accès de Ta demeure lui est-il désormais interdit? Il jeûne maintenant depuis trois jours."

Verset 117

prabhu kahe, 'vairâgi kare prakrtisambhasana, dekhite na paron ami tahara vadana

"Le Seigneur répondit: "Je ne peux supporter de voir le visage d'un homme qui, ayant accepté l'ordre du renoncement, parie intimement avec une femme."

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Srila Bhaktisiddhânta Sarasvatï Thâkura explique que la simplicité (saralata) est la première qualité du vaisnava, et que la duplicité, ou une conduite sournoise, constitue une grave offense à l'endroit des principes du service dévotionnel. Au fur et à mesure que l'on progresse dans la conscience de Krishna, on doit éprouver de plus en plus de répugnance pour les attachements matériels, et développer un attachement grandissant pour le service du Seigneur. Si quelqu'un se proclame élevé dans le service de dévotion alors qu'il n'est pas vraiment détaché des activités matérielles, il se rend coupable de tricherie. Personne n'appréciera un tel comportement.

Verset 118

durvàra indriya kare visaya-grahana, dâravï prakrti hare munerapi mana

"Les sens s'attachent si fortement aux objets de plaisir qu'en vérité, une statue de bois à l'image d'une femme parvient même à captiver l'esprit d'un grand sage."

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

"Les sens et les objets des sens sont si intimement liés que même l'esprit d'un très saint homme se laisse captiver par une poupée de bois si elle revêt la forme attrayante d'une jeune femme. Les objets des sens, c'est-à-dire la forme, le son, l'odeur, le goût et le toucher, attirent toujours les yeux, les oreilles, le nez, la langue et la peau. Etant donné donc que les sens et les objets des sens sont naturellement liés de façon aussi intime, il arrive par fois que même un homme prétendant maîtriser ses sens demeure suscepti ble d'être asservi aux objets des sens. A moins de les purifier* et de les en gager au service du Seigneur, il est impossible de maîtriser pleinement ses sens. C'est pourquoi même si un saint homme fait le vœu de maîtriser ses sens, ceux-ci restent susceptibles d'être troublés par les objets des sens.

Verset 119

mâtrâ svasrâ duhitrâ vâ, nâ viviktâsano bhavet balavân indriya-gràmo, vidvâmsam api karsati

"L'homme doit éviter de s'asseoir trop près fût-ce de sa mère, de sa sœur ou de sa fille, car les sens sont si puissants qu'ils peuvent même envoûter un être de haut savoir."

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Ce verset apparaît dans la Manu-samhita (2.215), ainsi que dans le Srimad-Bhagavatam (9.19.17).


Le Srimad-Bhagavatam enseigne : ( Caitanya Caritamrita / Antya-Lila / Veset 120/ Chapitre II )

ksudra-jiva saba markata-vairagya
kariyaindriya carânà bule 'prakriti sambhâsiyà'

"Il existe beaucoup d'hommes vivant dans la pauvreté qui pratiquent le renoncement à la manière des singes. Errant de-ci, de-là, ils se livrent aux plaisirs des sens et tiennent aux femmes des propos intimes."

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Chacun devrait observer les principes régulateurs qui consistent à n'entretenir aucune relation sexuelle illicite, à ne consommer aucune chair animale, à s'abstenir de toute substance enivrante et à renoncer aux jeux de hasard, de façon à progresser dans la vie spirituelle. Si un homme inadéquatement préparé s'adonne au vairâgya ou adopte le sannyàsa de façon sentimentale, tout en demeurant attaché à la femme, il se met dans une position fort périlleuse. Son renoncement est qualifié de markata-vairâgya, pour signifier qu'il ressemble à celui du singe. Le singe vit dans la forêt, se nourrissant de fruits et ne portant aucun vêtement. En cela, il agit à la manière d'un sage libéré, à la différence qu'il pense constamment aux guenons et qu'il s'entoure parfois de plusieurs douzaines d'entre elles pour satisfaire ses appétits sexuels. Voilà ce qu'on appelle le markata-vairâgya. Par suite, celui qui est inapte à le faire ne doit pas accepter l'ordre du renoncement. Celui qui adopte le sannyàsa mais qui retombe sous le joug des désirs de la chair et, de ce fait, s'entretient en privé avec des femmes, porte le nom de dharma-dhvaji ou dharma-kalanka, ce qui signifie qu'il attire le blâme sur l'ordre religieux"qu'il représente. Il faut donc faire preuve d'une grande prudence à cet égard. Srila Bhaktisiddhânta Sarasvatï Thàkura explique que le mot markata veut dire "perturbé". Or, un être perturbé est incapable de stabilité; il ne peut qu'errer, cherchant constamment à satisfaire ses sens. A seule fin d'être loué par autrui, d'obtenir à bon compte la vénération de ses disciples ou des gens en général, il arrive parfois qu'un tel homme revête la robe du sannyàsï ou du bàbàjï, et adopte l'ordre du re noncement; mais il ne parvient pas pour autant à renoncer aux plaisirs des sens, et plus particulièrement à la compagnie des femmes. Un tel homme ne peut faire de progrès dans la vie spirituelle. Le plaisir sensuel que l'on peut trouver auprès des femmes revêt huit formes différentes, incluant le fait de parler d'elles et de penser à elles. Aussi un sannyàsi, c'est-à-dire une personne ayant adopté l'ordre du renoncement, commet-il une faute grave en tenant des propos familiers à une femme. Sri Râmânanda Raya et Srila Narottama dâsa Thàkura avaient indubitablement atteint le plus haut échelon de l'ordre du renoncement, mais ceux qui cherchent à les imiter les considérant comme des hommes ordinaires, tombent sous l'emprise de l'énergie matérielle, car ils se méprennent complètement sur leur identité véritable.