L'origine et la fonction éter....

 



L'humble sage, éclairé du pur savoir, voit d'un oeil égal le brahmana
noble et érudit, la vache, l'éléphant, ou encore le chien et le mangeur
de chien. ( B.G / 5 / 18 / )

Le sage : Enseignement du Seigneur Caitanya

L'origine et la fonction éternelle des êtres vivants...

Puisque personne ne peut retracer les origines de l'enlisement de l'être dans l'énergie matérielle, le Seigneur dit qu'il est sans commencement. C'est-à-dire que l'existence conditionnée précède la Création; elle se manifeste simplement durant et après la Création. Oublieux de sa nature spirituelle, l'être vivant subit toutes sortes de souffrances au sein de la matière. Comprenons ici qu'il existe aussi des êtres qui, libres de tout enchaînement matériel, peuplent le monde spirituel. Ces âmes libérées s'engagent toujours dans la conscience de Krishna, dans le service de dévotion.

Les âmes conditionnées par la nature matérielle se livrent à des activités qui leur valent de revêtir diverses sortes de corps au fil de leurs vies successives. Dans l'univers matériel, ces âmes ont ainsi droit à divers châtiments et récompenses. Leurs actions méritoires peuvent les élever jusqu'aux planètes supérieures, où elles peuvent joindre les rangs des nombreux devas; leurs actes répréhensibles peuvent au contraire les précipiter vers différentes planètes infernales pour y souffrir davantage les tourments de la vie matérielle. Le Seigneur cite ici un très bel exemple : jadis, les rois punissaient les criminels en les plongeant dans une rivière, puis en les remontant à la surface pour une bouffée d'air, après quoi ils les replongeaient à nouveau sous l'eau. La nature matérielle récompense ou punit les êtres de façon analogue, en les plongeant dans les eaux de la souffrance ou en les en extirpant pour un temps. L'élévation aux planètes supérieures ou à un plus haut niveau de vie n'est jamais permanente; elle est toujours suivie d'une nouvelle submersion. Ainsi se perpétue l'existence matérielle : on est tantôt promu aux systèmes planétaires supérieurs, tantôt précipité dans des conditions de vie infernales. Dans ce contexte, Chaitanya Mahaprabhou récita un verset du Shrimad-Bhagavatam, tiré de l'enseignement de Narada Mouni à Vasoudev, le père de Krishna. Narada y reprend lui-même les propos des neuf sages qui avaient instruit Maharaj Nimi, définissant maya comme " l'oubli de notre relation avec Krishna ". En fait, maya signifie " ce qui n'est pas ", ce qui n'a pas d'existence. Il est donc faux de croire que l'être vivant n'a aucun lien avec le Seigneur Suprême. Il peut ne pas croire en l'existence de Dieu, ou penser que rien ne les relie, mais il s'agit là d'autant d'" illusions ", ou maya. En proie à cette fausse conception de la vie, l'humain se morfond de peurs et d'angoisses sans fin. Autrement dit, toute conception de vie sans Dieu relève de maya. Quiconque est versé dans la littérature védique s'abandonne donc au Seigneur Souverain avec une grande dévotion et reconnaît en Lui le but ultime de son existence. Dès que l'être oublie la nature fondamentale de sa relation avec Dieu, il succombe à l'énergie matérielle, d'où son faux ego - son identification au corps, qu'il méprend pour le soi. Sa conception entière de l'univers matériel naît de cette fausse conception du corps. S'attachant à ce dernier, il s'attache également à tout ce qu'il peut produire. Pour échapper à cet esclavage, il n'a qu'à accomplir son devoir en s'en remettant au Seigneur Suprême avec intelligence, dévotion et une sincère conscience de Krishna.

L'âme conditionnée se croit à tort heureuse dans l'univers matériel, mais lorsqu'elle est bénie par l'enseignement d'un pur dévot, elle renonce à son désir de jouissance matérielle et se voit éclairée par la conscience de Krishna. Dès qu'elle accède à cette conscience, ses désirs matériels sont anéantis et elle se défait peu à peu de l'asservissement à la matière. Il ne peut être question de ténèbres en présence de la lumière; or, la conscience de Krishna est cette lumière qui dissipe les ténèbres de la jouissance matérielle.

L'être conscient de Krishna ne souscrit jamais à l'idée erronée selon laquelle il ne ferait qu'Un avec Dieu. Sachant qu'il ne serait pas heureux en œuvrant pour lui-même, il consacre toutes ses énergies au service du Seigneur et se voit ainsi libéré des griffes de l'énergie d'illusion temporelle. Dans ce contexte, le Seigneur cite le verset suivant du septième chapitre de la Bhagavad-Gita, selon lequel l'énergie matérielle composée des trois gounas s'avère si puissante qu'on peut difficilement s'y soustraire. Mais qui s'abandonne à Krishna est aisément libéré de l'emprise de maya.

Le Seigneur poursuit en enseignant que chaque instant voué à l'action intéressée plonge l'âme conditionnée dans l'oubli de sa véritable identité. Tantôt lasse et dégoûtée de l'action matérielle, celle-ci aspire à la libération et à ne plus faire qu'un avec le Suprême, tandis qu'à d'autres moments, elle croit qu'en peinant pour satisfaire ses sens, elle trouvera le bonheur. Dans un cas comme dans l'autre, l'énergie matérielle la recouvre. Afin d'éclairer les âmes ainsi égarées, le Seigneur a présenté à l'humanité la volumineuse littérature védique, formée des Vedas, des Pouranas et du Vedanta-soutra, tous conçus pour guider l'être humain dans son retour vers Dieu. Le Seigneur explique également que l'âme conditionnée que le maître spirituel accepte par compassion et que guide l'Âme Suprême tire parti des diverses Écritures védiques pour acquérir le savoir et progresser dans la réalisation spirituelle. Comprenons que c'est par la grâce perpétuelle de Krishna envers Ses dévots que furent produits tous ces textes védiques, afin que nous puissions comprendre la relation qui nous unit à Lui et agir en conséquence. Ainsi peut-on atteindre le but ultime de l'existence.

De fait, tout être vivant est destiné à atteindre le Seigneur Suprême, et tous peuvent comprendre la relation qui les unit l'Un à l'autre. L'accomplissement des devoirs visant la perfection est appelé " service de dévotion "; parvenu à maturité, ce service devient amour pour Dieu, le véritable but de la vie pour tous. L'être n'est pas destiné à connaître le succès dans les rites religieux, l'essor économique ou le plaisir des sens. Il ne doit même pas aspirer à la libération. Son seul désir devrait être de parvenir au niveau du service d'amour sublime offert au Seigneur. Les traits infiniment fascinants de Krishna favorisent notre accès à la conscience de Krishna, qui, lorsqu'on s'y engage, permet de réaliser le lien entre soi et Krishna.

C'est dans ce contexte que le Seigneur relate un récit tiré du commentaire de Madhva sur le cinquième Chant du Shrimad-Bhagavatam. Ce récit porte sur les instructions que l'astrologue Sarvagya donna à un pauvre hère venu le consulter pour connaître son avenir. Après avoir dressé l'horoscope de l'individu en question, Sarvagya s'étonna que celui-ci fut si pauvre : " D'où vient ta misère ? lui demanda-t-il. Je lis dans ton horoscope que ton père t'a laissé un trésor caché dont il n'a pu, hélas, te révéler l'emplacement, car il est mort à l'étranger. Mais tu peux désormais le chercher et trouver le bonheur. " On cite cette histoire à titre d'exemple pour montrer que l'être souffre parce qu'il ignore l'existence du trésor caché de son Père, Krishna. Ce trésor caché, c'est l'amour pour Dieu que toutes les Écritures védiques invitent l'âme conditionnée à découvrir. Selon la Bhagavad-Gita, l'âme conditionnée n'a pas conscience de ce qu'elle est la fille de l'être le plus riche qui soit - Dieu. Aussi les textes védiques lui sont-ils transmis pour l'aider à retrouver son Père et son patrimoine.

Sarvagya conseilla plus avant le pauvre homme : " Ne creuse pas au sud de ta maison, sinon une guêpe venimeuse t'attaquera et fera échouer ta quête du trésor. Cherche plutôt à l'est, où brille la vraie lumière de la dévotion, la conscience de Krishna. Au sud se trouvent les rites védiques; à l'ouest, le savoir empirique issu de la spéculation; au nord, le yoga de la méditation. " Ceux qui cherchent le but ultime à travers les rites seront certes frustrés, car ils devront d'emblée verser des honoraires au prêtre qui les accomplit. L'humain peut penser trouver le bonheur dans ces rites, mais tout résultat ainsi acquis ne peut qu'être temporaire. Comme ils ne mettront pas fin à toutes ses angoisses, il ne sera jamais vraiment heureux en adoptant cette voie. Au contraire, ses tourments matériels ne feront que s'accroître.

On peut en dire autant de quiconque creuserait au nord, initiative comparable à la quête de la réalisation du soi à travers le yoga ou la méditation, qui nous incite à croire qu'on ne fera ainsi plus qu'Un avec le Seigneur Suprême. Une telle fusion peut être comparée à un serpent qui chercherait la perfection en se laissant assimiler par un plus gros reptile. De toute évidence se fondre dans l'existence spirituelle du Suprême n'offre guère de solution.

À l'ouest se dresse un nouvel obstacle : un yaksha, un mauvais esprit, protège le trésor. Comprenons ici qu'on ne saurait trouver un trésor enfoui en demandant l'aide d'un yaksha. Une telle démarche ne peut que mener à la mort. Les yogis qui pratiquent la méditation s'apparentent aux petits serpents. La réalisation spirituelle sous le signe de la spéculation - c'est-à-dire la voie du gyana - s'avère également suicidaire.

La seule alternative consiste donc à chercher ledit trésor à l'est grâce au service de dévotion accompli en pleine conscience de Krishna. Telle est la fortune cachée qui jamais ne tarit; de sorte qu'en l'acquérant, on devient riche à tout jamais. Qui est pauvre en dévotion et en conscience de Krishna sera toujours en manque de gains matériels, tantôt souffrant des morsures de créatures venimeuses, tantôt subissant l'échec, tantôt encore adhérant à la doctrine du monisme à en perdre son identité ou étant dévoré par un immense serpent. Seulement en renonçant à tout cela pour s'établir fermement dans la conscience de Krishna, dans le service de dévotion du Seigneur, connaîtra-t-on la véritable perfection de l'existence.