La condition originelle de l'âme...

 

La condition originelle de l'âme...



acarya-vat pasyati kascid enam
acarya-vad vadati tathaiva canya
acarya-vac cainam anyah srinoti
srutvapy enam veda na caiva kascit


"Certains voient en l'âme un phénoméne prodigieux; d’autres en parlent comme d’une étonnante merveille; d’autres encore en entendent parler comme d’une chose sublime. Il en est cependant qui, méme aprés en avoir entendu parler, ne peuvent la concevoir."

Le Seigneur Krishna dit à Arjuna : 

tad vidhi pranipatena
pariprasnena sevaya
upadeksyanti te jnanam
jnaninas tattva-darsinah

"Cherche à connaître la vérité en approchant un maître spirituel. Enquiers-toi d’elle auprés de lui avec soumission, tout en le servant L’âme réalisée peut te révéler le savoir, car elle a vu la vérité. "

La voie menant a la réalisation spirituelle est certes difficile. C’est pourquoi le Seigneur nous conseille de rechercher un maitre authentique, appartenant à la filiation spirituelle dont Il est la source. Nul ne peut étre un véritable maître spirituel s’il n’appartient pas à cette succession disciplique. Krishna étant le maître spirituel originel, seul Son représentant dans la lignée disciplique peut transmettre Son message tel qu’il est. On ne peut obtenir la réalisation spirituelle en inventant sa propre méthode comme le font aujourd’hui nombre d'imposteurs. Le Bhagavatam (6.3.19) affirme en effet: dharmarh tu saksad bhagavad-pranitam--c’est le Seigneur Lui-méme qui trace la voie de la religion. 

Ni les spéculations intellectuelles, ni les raisonnements stériles ne peuvent nous conduire sur la voie juste. L’étude indépendante des textes ne nous permettra pas non plus de progresser. Il est indispensable, si l’on souhaite obtenir la connaissance, d’approcher un maitre spirituel ‘authentique, de s’en remettre entiérement à lui et de le servir avec humilité et sans prétention. Satisfaire un maitre accompli est le secret du progres spirituel. Question et soumission vont de pair. On doit l’interroger avec soumission, car si l’on ne se montre pas soumis et si l’on ne développe pas une attitude de service, on ne peut pas recevoir la connaissance transcendantale. Le disciple doit passer avec succès l'épreuve du maître, et celui-ci, voyant sa sincérité, le bénira aussitot en lui accordant la vraie connaissance spirituelle. 

Ce verset condamne toutefois et l’acceptation aveugle et les questions absurdes. Car il ne suffit pas d’écouter avec soumission le maître spirituel, il faut également s’efforcer de comprendre clairement ses enseignements, par le biais du service, de la soumission, et de questions pertinentes.. Le maître authentique est, par nature, pénétré d'affection pour son disciple. Aussi, quand le disciple s'en remet totalement à lui, toujours prêt à le servir, leur échange, en termes de questions et de connaissance, devient parfait.

yaj jnatva na punar moham
evam yasyasi pandava
yena bhutany asesani
draksyasy atmany atho mayi

"Quand tu auras ainsi reçu la connaissance véritable auprés d’une âme réalisée, l’illusion ne t’égarera jamais plus. Tu comprendras que tous les êtres font partie intégrante du Suprême. En d’autres mots, qu’ils M’appartiennent."


En recevant la connaissance des lévres d’un être réalisé qui connaît la vraie nature des choses, l’homme en vient à comprendre que tous les êtres font partie intégrante de Dieu, Krishna, la Personne Suprême. On appelle maya (ma — pas, ya — cela) le concept d’une existence séparée de Krishna. Certains croient que les êtres n’ont aucun lien avec Krishna, Lequel ne serait qu’un grand personnage historique, et la Vérité Absolue rien d’autre que le Brahman impersonnel. En réalité, nous dit la Bhagavad-gita, le Brahman impersonnel est l’éclat irradiant du corps de Krishna. Krishna est Dieu, la Personne Suprême, la cause de tout ce qui est. Ce que confirme a son tour la Brahma-samhita : Krishna est Dieu, la Personne Suprême, la cause de toutes les causes. De Lui émanent les innombrables avataras et tous les étres vivants. Les philosophes mayavadis commettent l'erreur de croire que Krishna perd, en Se multipliant, son individualité propre. . Cette hypothése traduit un raisonnement tout a fait matériel,car au niveau de la matiére, effectivement, un objet perd son intégralité première s’il se trouve fragmenté. Ces philosophes ne peuvent comprendre que dans l’absolu, un plus un font toujours un, de méme qu’un moins un.

Par manque d’une connaissance suffisante de la science absolue, nous sommes recouverts du voile de l’illusion et nous nous croyons séparés de Krishna. En vérité, bien que nous soyons distincts de Lui, nous n’en demeurons pas moins non différents. La diversité physique que nous rencontrons chez les êtres vivants est, elle aussi, maya, illusoire. Nous sommes tous faits pour satisfaire Krishna. C’est donc bien à cause de l’influence de maya qu’Arjuna croit que les liens matériels et éphéméres avec sa famille importent davantage que les liens spirituels et éternels avec Krishna.

Le but de la Gita est de nous enseigner que l’être vivant, serviteur éternel de Krishna, ne peut étre séparé de Lui, et que l’impression qu’il a d'exister hors de Krishna est maya. L’etre vivant, en tant que partie intégrante mais distincte du Seigneur Suprême, a un devoir a remplir. Pour l’avoir oublié depuis des temps immémoriaux, il est contraint d’habiter un corps d’homme, d'animal, de deva, etc. Ces différents corps ont en effet pour origine l’oubli du service transcendantal du Seigneur. Et pourtant, ce voile d’illusion peut étre ôter d’un coup si l’on sert avec amour le Seigneur dans la conscience de Krishna. Or, ce n’est qu’auprès d’un maitre spirituel authentique que l’on obtiendra la connaissance pure, connaissance qui nous empéchera de mettre Dieu et l’être vivant sur un pied d’égalité. Avoir le parfait savoir, c’est reconnaitre que Krishna, l’Ame Suprême, est le refuge ultime de tous les étres, et que sans Lui, on ne peut que se laisser abuser par l'énergie matérielle illusoire et s’imaginer exister hors de Lui. Sous le couvert d’identités matérielles toutes fort différentes, ils oublient le Seigneur suprême. Mais dès que ces âmes égarées adoptent la conscience de Krishna, elles s’engagent sur la voie de la libération. Ce que corrobore le Bhagavatam (2.1O.6): muktir hitvanyatha-rupam svarupena vyavasthitih Etre libéré, c’est recouvrer sa condition immanente de serviteur éternel de Krishna. 

Ces deux versets sont tirès de la Bhagavad-Gita ( 35 / 36 / du 4éme chapitre )•

Le bhakti-yoga ou service de dévotion, seule voie qui permet de comprendre la position originelle de l'âme :

Dans le Bhakti rasamrita sindhu, Srila Rupa Gosvami distinguetrois niveaux de service de dévotion: l'apprentissage des principes et leur observance dans la pratique, le niveau ou apparaissent diverssentiments d'extase spirituelle, et celui du pur amour pour Dieu. Analysées plus finement, ces trois divisions laissent apparaitre chacune de nouveaux degrés. Ainsi l'apprentissage du service de dévotion offre deux rameaux, celui ou apparaissent les sentiments d'extase se ramifie en quatre voies, et celui ou l’on baigne dans le pur amour de Dieu en six. Srila Rupa Gosvami les étudiera ultérieurement.

Suivant une idée analogue, Srila rupa Gosvami montre que tout postulant au service de dévotion, à la Conscience de Krishna, est comme guidé dans l'une ou l'autre de ces catégories selon le sentiment qui l'anime. Car en vérité, dit-il, il y a une continuité du service de dévotion, qui se poursuit d'une existence a l'autre. Nul n'y peut accéder s’il n'a déja été en contact avec lui. Supposons qu’en cette vie je pratique dans une mesure encore imparfaite le service de dévotion: aucun de mes efforts n’aura été vain, nul bienfait acquis ne sera perdu. Dans ma vie prochaine, je reprendrai la pratique du service de dévotion au point meme ou je l'aurai laissée. C’est ainsi que se marque la continuité des activités dévotionnelles. Cependant, même en l'absence de tout précédent de cet ordre, si, par grace, il arrive que l’on attache quelque intérét aux enseignements d'un pur bhakta, on pourra, en bénéficiant de sa reconnaissance, progressersur la voie dévotionnelle. Notons aussi que les étres doués d'une affinité naturelle pour l'étude de Textes tels que la Bhagavad-gita et le Srimad-Bhfigavatam, trouveront la pratique du service de dévotion plus aisée que ceux qui restent incapables de renoncer à leurs habitudes de spéculation intellectuelle et à leur goût pour l’argutie.

De nombreux sages, par leur parole de vérité, confirmèrent ce point à travers les ages. Leur pensée commune nous démontre l'inanité cle la spéculation intellectuelle: qu’on suppose un homme qui se dirige d’apres certaines convictions issues de ses propres raisonnements, de ses propres conclusions; un autre, logicien plus habile, pourra les détruire, au profit de ses propres thèses, laissant le premier démuni. ll est donc facile cle comprendre que la voie cle la logique spéculative demeure à jamais hasarcleuse et ne conclut rien. Voila pourquoi le Srimad-Bhagavatam recommande que l’on marche plutôt sur les traces de ceux qui font autorité en matiere de science spirituelle.

Les pages qui suivent dépeignent le service de dévotion tel que l'enseigne Srila Rupa Gosvami dans son Bhakti—rasamrita-sindhu. Comme nous l'avons mentionné plus haut, le service de dévotion se divise en trois catégories; Srila Rupa Gosvami se propose maintenant d'approfondir la première, celle dite du service de dévotion dans la pratique.

Ce mot, “pratique”, implique l’engagement des sens dans une certaine forme d'action. Ainsi, adopter la pratique du service de dévotion signifie qu’on utilise les divers organes des sens au service de Krishna. Certains de ces organes sont destinés à la perception, à l'acquisition du savoir; les autres, à mettre en oeuvre les conclusions issues en nous du penser, du sentir et du vouloir. L’apprentissage du service de dévotion consiste donc à apprendre comment employer et le mental et les sens dans le but de servir le Seigneur d'une maniére tangible. ll est a noter, par ailleurs, que cette pratique ne vise pas à développer artificiellement quelque nouvelle faculté. L’enfant, par exemple, avec une certaine pratique, apprend vite a marcher; il s'agit la d'un exercice tout a fait naturel pour lui, car il en possède originellement la faculté; de même, le service de dévotion offert au Seigneur Suprême appartient au potentiel de chaque etre vivant. Même les peuplades les plus primitives s’inclinent devant les merveilles opérées par la nature, ou, derriére ses lois et les manifestations de sa grandeur, reconnaissent une présence suprême. Cette conscience du Divin, latente, il est vrai en celui que souille la matiere, n'en existe pas moins dans chaque etre vivant. Une fois purifiée, elle ne devient pas autre chose que la conscience de Krishna.

Il est certaines méthodes prescrites pour nous permettre d’employer les sens et le mental cle manière à reprendre conscience des liens d'affection qui nous unissent a Krishna; méthodes comparables à celles qui accompagnent les premiers pas de l'enfant, et lui donnent bientôt de marcher. N'eût-il pas déjà en lui cette aptitude, tous les efforts du monde ne suffiraient pas à le faire marcher. De même, toute méthode pratique échouerait à faire germer en l’être la conscience de Krishna s'il ne l'avait déja, latente. Nous sommes tous doués, dans le plus profond de notre être, d'une aptitude au service de dévotion; mais lorsque nous désirons la développer, il nous faut emprunter les voies précises qui furent tracées dans ce but. C'est cet apprentissage qu’on nomme sadhana-bhakti.

Tout être soumis au sortilege de l'énergie matérielle baigne dans un état anormal, qui est une sorte de démence. Le Srimad-Bhagavatam (5.5.1) enseigne:

”D'une maniere générale, on peut dire que l'être conditionné

souffre de déraison, puisqu'il s'absorbe toujours davantage en des

    actes qui n'entraînent pour lui qu’asservissement et souffrance."

La condition originelle de l'âme est l'éternité, le parfait savoir et ljoie sans mélange, une constante félicité. C’est seulement lorsqul'âme s'implique dans les modes de l'action matérielle qu'elle devient misérable, proie de l'ignorance et du temps. Ces maux n’ont d’autre source que le vikarma, l'accomplissement d’actes condamnables. Pour le combattre, il faut donc plutôt se livrer à la sadhana-bhakti, dont les principaux traits consistent: à offrir aux murtis dans le temple la cérémonie matinale du mangala-arati, à s'abstenir de certaines pratiques matérielles, à rendre son hommage au maître spirituel et à vivre suivant des principes et régles précis qui seront énoncés dans ces pages; car ces pratiques permettent de s'arracher à la condition de démence que nous avons évoquée. De même que les conseils d'un psychiatre peuvent guérir un homme souffrant de troubles mentaux, la sadhana-bhakti guérit l’âme conditionnée de la démence provoquée en elle par maya, l'illusion matérielle.

On trouve mentionnée la sadhana-bhakti au septième Chant du Srimad-Bhagavatam (  7 / 1 / 32 ), lorsque Narada Muni, s'adressant au roi Yudhisthira, déclare :

" Il est impératif, ô roi, que l'être absorbe coûte que coûte ses pensées en Krishna."













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