L'avènement du Seigneur Caitanya Mahaprabhu ( 2ème partie )

 



L'avènement du Seigneur Caitanya Mahaprabhu ( 2ème partie )

Si les parties intégrantes du Tout sont des personnes individuelles, 
comment leur source, le Tout duquel elles émanent et auquel elles appartiennent, pourrait-Il être impersonnel? Le Tout est en vérité la Personne Suprême et Absolue, souveraine parmi les étres relatifs. 

“Les Vedas nous enseignent que de Lui (qu’on nomme Brahmnan) tout émane, et que sur Lui tout repose. Qu’aprés la grande dévastation, tout se fond en Lui., et en Lui seul. Il est par consequent le but, l’origine et la cause de toutes les causes: elles ne sauraient se rattacher A un objet impersonnel. Les Vedas nous enseignent encore que Lui seul, l’Unique, S’est fait multiple, et que lorsque tel fut Son désir, Il imprégna la nature matérielle de Son regard. ,Avant qu’Il jette ainsi Son regard sur la nature matérielle, la création ni l'ordre cosmique n’existaient. Son regard ne saurait donc étre matériel. Le mental et les sens matériels n’avaient aucune existence avant que le Seigneur jette Son regard sur la nature matérielle. Ainsi, les Vedas prouvent, sans qu’aucun doute soit possible, que la Personne Suprême posséde des yeux et un mental, lesquels sont purement spirituels et absolus. Il n’ont rien de materiel. Son  impersonnalité ne constitue donc qu’une négation de toute qualité matérielle en Lui, et non un rejet de Sa personnalite spirituelle. Le Brahman désigne en derniere analyse Dieu, la Personne Supreme. La réalisation du Brahman impersonnel ne représente qu’une conception negative de la création matérielle. Le Paramatma constitue pour Sa part l’aspect localisé de ce Brahman dans toutes les formes dc corps matériels. Mais la réalisation ultime, celle du Brahman Suprême, correspond a la réalisation de Dieu, la Personne Suprême; c’est ce qu'établissent tous les Ecrits révélés. Il est la source ultime de tous les visnu-tattvas.

“Les Puranas constituent quant à eux d'autres suppléments des Vedas. Les mantras védiques en soi présentent de trop grandes difficultés pour l’homme du commun. Les femmes, les sudras et les membres déchus des familles de vaisyas, de ksatriyas et de brahmanas sont incapables de percer le sens profond des Vedas. C’est alors que l’Itihasa, ou le Mahabharata, et les Puranas entrent en jeu, car ils sont composés de façon a permettre une compréhension facile des vérités contenues dans les Vedas.

Dans ses prieres à Sri Krishna encore enfant, Brahma déclare que la bonne fortune des habitants de Vrajabhumi, sur qui regnent Sri Nanda Maharaja et Yasodamayi, ne connait aucune limite, car l’éternelle Vérité Absolue S’est faite leur proche intime. Les mantras védiques soutiennent que la Vérité Absolue ne posséde ni bras ni jambes, mais que pourtant Elle Se déplace plus
vite que tout être et prend toute chose qu’avec dévotion on Lui offre. Ainsi, bien que les bras et les jambes de l’Etre Suprême se distinguent des membres matériels que nous connaissons, l’Absolu est bel et bien une personne, comme le démontrent ces assertions des Vedas.

“Le Brahman, donc, n’est jamais impersonnel; cependant, une interpré
tation indirecte des mantras védiques peut laisser croire à tort que la Vérité Absolue demeure un objet impersonnel. Cette Verite Absolue, Dieu, la Personne Suprême, possède toutes perfections à l’infini; aussi est-Il egalement doté d’une Forme toute spirituelle, toute d’existence éternelle, de connaissance et de félicite. Comment des lors peut-on affirmer impersonnelle la Vérite Absolue?  

“Le Brahman, entièrement pénétré de perfections, détient d’innombrables puissances, qui toute se se divisent, selon l’autorite du Visnu Purana 
(6.7.60), en trois groupes principaux, correspondant aux trois energies premiéres du Seigneur, Sri Visnu. Son energie spirituelle; de même que l’energie
constitutive des étres vivants, sont dites constituer Son energie supérieure, alors que l’énergie materielle, issue de l’ignorance, constitue Son energie infe-
rieure. L’§ner‘gie a laquelle appartiennent les étres vivants est designee par le terme technique de ksetrajna-sakti. Cette ksetrajna-sakti, bien qu’elle soit qualitativement égale au Seigneur, peut, sous l'influence del’ignorance, connaitre le joug de l’energie materielle, et subir alors toutes sortes de souffrances matérielles. En d’autres mots, les êtres vivants, qui appartiennent a cette énergie marginale, se situent entre l’energie spirituelle supérieure et l’énergie matérielle inferieure; en fonction de leur plus grande proximite avec l’energie matérielle ou l’énergie spirituelle, ces êtres connaissent des niveaux d’existence plus ou moins élevés. 

“Le Seigneur Suprême, pour Sa part, transcende les énergies inférieure et marginale. Il est pleinement établi dans Son énergie spirituelle, qui se manifeste selon trois modes: l’existence éternelle, la félicité éternelle et la connaissance éternelle. L’existence éternelle reléve de Sa puissance sandhini, la félicité et la connaissance respectivement de Ses puissances hladhini et samvitEn tant que Seigneur Suprême, source de toutes les energies, Il est le maître ultime des énergies spirituelle, marginale et rnatérielle, et toutes ces variétes d’énergies et de puissances se trouvent liées au Seigneur à travers le service dedevotion éternel. 

“Le Seigneur Suprême jouit donc d’une félicité infinie dans Sa Forme spirituelle éternelle. N’est-il pas dès lors ahurissant qu’on ose Le prétendre dépourvu de puissances? Il est le maître de toutes les énergies, quand les êtres distincts constituent des fragments d’une de Ses energies. Une différence incalculable sépare donc le Seigneur des êtres distincts. Comment dès lors affirmer que le Seigneur et les êtres distincts sont en tous points identiques ? D’autre part, la Bhagavad-gita établit également que les êtres distincts appartiennent à l’énergie supérieure du Seigneur, et les lois d’interrelation étroite entre l'énergie et sa source nous permettent de comprendre que les êtres distincts et le Seigneur ne forment, dans ce sens, qu’une seule et même réalité. Mais gardons également à l’esprit qu’ils demeurent éternellement distincts, dans la mesure où l’énergie est toujours différente de sa source.

“Terre, eau, feu, air, ether, mental, intelligence et faux ego appartiennent
tous aux energies inférieures du Seigneur, et les êtres vivants, qui appartiennent à Son énergie supérieure, se distinguent de toutes; Tel est l’enseignement de la Bhagavad-gita.

 “La Forme spirituelle et absolue du Seigneur, quant à elle, existe éternelIement,“ dans la félicité spirituelle la plus pure. Or, comment cette Forme pourrait-elle être un produit, de la vertu matérielle? Par suite, quiconque refuse de croire en la Forrne personnelle du Seigneur est certes un être démoniaque de la pire espèce, rendu intouchable par sa bassesse; indigne d’être même aperçu et méritant d’être châtié par le roi des régions plutoniennes. Ceux qui, par ailleurs, prétendent observer la norme védique mais qui font fi de ces conclusions représentent de véritables dangers pour la société, plus encore que les bouddhistes, par exemple, dont les vues athées et l’irrespect des Vedas sont universellement reconnus.

 “Ainsi, Srila Vyasadeva a eu la grande bonté d’inclure tout le savoir védique dans Son Vedanta-sutra, mais quiconque prête l’oreille au commentaire qu’en donnent les mayavadls (ceux qui appartiennent a la(Sankara-sampradaya) sans nul doute s’égarera sur la voie de la réalisation spirituelle.

 “Le Vedanta-sutra traite d’abord de la théorie des émanations, selon laquelle toutes les manifestations matérielles proviennent, ou émanent, de la Personne Suprême et Absolue, Dieu, à travers Ses multiples et inconcevables puissances. Cette théorie est illustrée par l’exemple de la pierre philosophale, qui peut convertir en or une quantité illimitée de fer ‘tout en conservant son intégrité. Car, le Seigneur Suprême peut, par Ses inconcevables puissances, créer l’infinité des univers tout en restant identique a Soi, parfait et complet en Lui-même. Il est purna, complet en Lui-même, ‘et bien qu’un nombre infini de purnas, de tous également complets en eux-mêmes, émanent de Lui, ll demeure toujours  purna.

L’école mayavada préconise pour sa part la thèse de l’illusion, en basant sa théorie sur le fait que la Vérité Absolue, en faisant naître Ses émanations, Se transformerait. Mais, si tel était le cas, Vyasadeva serait dans l’erreur. Pour ne pas affronter la réalité, les impersonnalistes ont habilement mis au point cette théorie de l’illusion, selon laquelle l’entière création serait irréelle. Mais la manifestation cosmique n’a rien d’irréel, elle est simplement temporaire.“ Comment peut-on dire que du seul fait de son impermanence, une chose n’a aucune existence réelle? D’autre part le concept selon lequel le corps de matiére constitue l’être en soi ne correspond certes pas à la réalité.

“Le prapava, ou l’omkara (om), constitue l’hymne primordial des Vedas.Tous les hymnes védiques reposent sur ce pranava omkara, sur cette vibration sonore spirituelle qui n’est pas différente de la Forme du Seigneur. Le tattva-masi n’est qu’un mot secondaire dans les Textes védiques, et il ne saurait constituer l’hymne primordial des Vedas. Or, Sripada Sankaracarya a donné plus d’importance au mot tattvamasi qu’au principe fondamental de l’omkara.” 




Ainsi Sri Caitanya parla-t-ll du Vedanta-sutra, défiant toute la propagande de l’école mayavada. Le Bhattacarya tenta bien de se justifier, de défendre l’école mayavada en jonglant avec la logique et la grammaire, mais les arguments implacables du Seigneur vinrent à bout de son érudition. Sri Caitanya soutint que nous sommes tous unis au Seigneur Suprême par un lien éternel, et que cette union, réalisée par des échanges divers, se manifeste à travers le service de dévotion, qui est notre fonction éternelle. Que ce service trouve son aboutissement dans le prema, ou pur amour de Dieu. Et que lorsqu’on connait cet amour pour Dieu, il s’ensuit l’amour de tous les autres êtres, puisque le Seigneur représente en Lui—même la totalité des êtres vivants. Sri Caitanya ajouta par ailleurs que tout enseignement védique non lié à ces trois éléments —notre relation éternelle avec Dieu, nos rapports avec Lui et le développement de notre amour pour Lui—- ne peut être que détourné de son sens, et futile. Puis il ajouta que la philosophie mayavada, enseignée par Sripada Sankaracarya, n’est qu’une explication chimérique, un jeu de l’imagination a propos des Vedas, mais en précisant  qu’il devait en être ainsi, car Sankagacarya avait reçu du Seigneur Supême l’ordre d’enseigner de cette façon. En effet, le Padma Purana nous apprend que le Seigneur Suprême ordonna un jour à Siva d’écarter de Lui la race humaine. Dans quel but Dieu Se voulait-ll ainsi voile ? C’était afin d’encourager les hommes à se multiplier davantage. Siva dit a Devi, son épouse: “Dans l’âge de Kali, j’enseignerai, sous la forme d’un brahmana, la philosophie mayavada, qui n’est en fait qu’un bouddhisme déguisé.

  Après avoir entendu les paroles de Sri Caitanya Mahaprabhu, le Bhattacarya est frappé d’émerveillement at d’admiration; il fixe le Seigneur dans le plus profond silence. Mais le Seigneur lui assure alors qu’il n’y a pas lieu de s’émerveiller: “Je dis simplement que le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, est le but ultime de la vie humaine. Il cite ensuite un sloka du Srimad-Bhagavatam et lui certifie que même les âmes libérées, absorbées dans le monde du spirituel et dans la réalisation de l’Absolu adoptent le service de dévotion qu’on offre au Seigneur, Sri Hari, car l’Etre Divin possède de telles qualités spirituelles qu’Il fascine même les âmes libérées.

Le Bhattacarya manifeste alors le désir d’entendre de Srl Caitanya l’explication du verset atmarama du Srimad-Bhagavatam (l .7.l0). Le Seigneur demande d’abord au Bhattacarya de donner sa propre explication, après quoi Il fera connaître la sienne. Le Bhattacarya entame alors une explication très érudite du sloka, en s’appuyant sur divers éléments de logique. Il donne ainsi neuf explications différentes du sloka, principalement basées sur la logique (il est le logicien le plus renommé du temps). Le Seigneur rend alors hommage à son érudition, puis, sur la demande du Bhatacarya, explique à Son tour le sloka. Mais Il en donne dix-huit exégèses différentes, sans reprendre aucune des neuf qu’avait avancées le Bhattacarya.

  Après, avoir entendu l’explication de Sri Caitanya  sur l’atmarama sloka, le Bhattacarya est persuadé qu’un tel savoir ne saurait venir d’une créature terrestre. Avant cela, Sri Gopinatha Acarya avait bien tenté de le convaincre de la divinité de Caitanya, mais en vain. Or, le Bhattacarya est à présent si étonné par les dires du Seigneur sur le Vedanta-sutra et par Ses explications de l’atmarama sloka, qu’il commence à soupconner qu’il a commis une grave offense aux pieds pareils-au-lotus de Sri Caitanya en ne Le reconnaissant pas comme Krishna Lui-même; Aussitot, il s’abandonne à Lui, se repent de son attitude inconvenante, et le Seigneur, dans Sa grande bonté, l’accepte comme Son dévot. Plus, dans Son infinie miséricorde, Il lui montre Sa Forme de Narayana, à quatre bras, puis Sa forme de Krishna, à deux: bras et tenant une flute. Le Bhattacarya se prosterne aussitot aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur et compose sur-le-champ plusieurs slokas appropriés à Sa gloire. Par

la grâce de Sri Caitanya, il compose ainsi près de cent versets de louange. Puis le Seigneur l’étreint, et d’extase spirituelle, le Bhattacarya perd conscience de sa condition physique. Des larmes, des frissons, des palpitations au coeur, des gouttes de sueur, des vagues d’émotion, des mouvements de danse, des élans de chants, des pleurs, bref les huit symptômes de l’extase spirituelle, apparaissent alors sur le corps du Bhattacarya. Sri Gopinatha Acarya s’émerveille et se réjouit de l’étonnante conversion opérée sur son beau-frére par la grâce du Seigneur.

Parmi les cent slokas célébres, composés à la gloire du Seigneur par le Bhattacarya, deux sont particuliérement notables, qui résument la mission de Sri Caitanya:

1)    Que je m’abandonne au Seigneur Suprême, maintenant apparu sous la forme de Sri Caitanya Mahaprabhu. Océan d’infinie miséricorde, Il est venu nous enseigner le détachement de la matière, le savoir réel et le service de dévotion offert à Sa Personne. .

2)     Le service de dévotion pur offert au Seigneur ayant sombré dans l’oubli des temps, Sri Caitanya est apparu afin d’en raviver les principes. Je rends donc mon hommage à Ses pieds pareils-au-lotus.

Sri Caitanya a établi l’équivalence du mot mukti et du mot Visnu, qui désigne la Personne Suprême, car atteindre la mukti, la libération de l’esclavage dû à l’existence matérielle, c’est atteindre le service du Seigneur.

Le Seigneur Se dirige ensuite vers le sud de l’Inde, où Il passera quelque temps, et tous les êtres qu’Il croise sur Sa route, ll les convertit en dévots de Sri Krishna, qui a leur tour convertissent plusieurs autres hommes au service de dévotion, ou bhagavata-dharma. Ainsi faisant, Il atteint les rives de la rivière Godavari, où Il rencontre Srila Ramananda Raya, le gouverneur de Madras, sous l’autorité de Maharaja Prataparudra, roi d’Orissa.‘ Ses entretiens avec Ramananda Raya constituent un document de première importance sur la réalisation supérieure du savoir spirituel. A elles seules, leurs conversations fourniraient la matière d’un ouvrage, mais nous en donnerons tout de même ici le résumé

Sri Ramananda Raya, bien qu’il semble faire partie d’une couche sociale inférieure à celle des brahmanas, est une âme pleinement réalisée. Il n’est pas un sannyasi, puisqu’il occupe un haut poste au gouvernement de l’Etat, et pourtant, Sri Caitanya Mahaprabhu, pour le haut degré de son savoir spirituel et de sa réalisation, reconnait en lui une âme libérée, tout comme Il a bien voulu dans Ses rangs de Srila Haridasa Thakura, un de Ses dévots chevronnés qui était d’origine musulmane. Plusieurs autres grands dévots du Seigneur proviennent ainsi de lignages, races et religions diverses. Car le seul critère de Caitanya est le degré de dévotion manifesté par chacun. Il n’attache aucune importance aux apparences extérieures; Il ne s’intéresse qu’à l’âme, sise à l’intérieur, et à son activité. Il est facile de comprendre, à la lumière de ce fait, que toute l’oeuvre missionnaire du Seigneur se situe sur le plan spirituel, et que le culte de Sri Caitanya Mahaprabhu, ou bhagavata-dharma, ne se rattache à aucune considération d’ordre matériel, qu’il s’agisse du domaine social; politique; économique ou autre. Le Srimad-Bhagavatam sur quoi s’appuie le culte de Sri Caitanya, représente à cet égard le plus pur impératif spirituel pour l’âme.

Lorsque Sri Caitanya rencontra Sri Ramananda Raya sur les rives de la rivière Godavari, le premier sujet qu’ils débattirent fut celui de l’institution védique du varnasrama, ou varnasrama-dharma. Sri Ramananda Raya avance alors que l’adhésion aux principes naturels du varnasrama-dharma, qui divise la société en quatre varnas et asramas, permet à quiconque d’accéder à la réalisation spirituelle. Le Seigneur, cependant, considère le varnasrama-dharma comme superficiel, et incapable de donner accès à une réalisation complète des valeurs spirituelles. La perfection ultime consiste à se détacher de la matière, pour, dans les proportions de ce détachement, pénétrer le sublime service d’amour offert au Seigneur. Et le Seigneur Suprême reconnait aussitôt quiconque progresse dans cette voie. Le sommet du développement de toutes les formes du savoir est donc représenté par le service de dévotion. Lorsque Sri Krishna, Dieu, la Personne Suprême, est venu délivrer toutes les âmes déchues, Il a préconisé la méthode suivante : puisque les êtres, les âmes, émanent du Seigneur Suprême et Absolu, et que tout ce qui nous entoure constitue le déploiement de Ses énergies, chacun doit l’adorer à travers son occupation respective.


Telle est la voie parfaite, approuvée par tous les grands acaryas des temps passés et présents. Le varnasrama-dharma, plus ou moins, repose sur des principes de morale, et ne permet pas une réalisation totale de la réalite spirituelle; pour cette raison, parce qu’Il le juge insuffisant, superficiel, Sri Caitanya Mahaprabhu l’a rejeté en tant que voie vers l’Absolu, et demande à Ramananda-Raya de pousser plus loin sa reflexion.

Sri Ramananda Raya suggère, alors la voie qui consiste a renoncer aux fruits des actes pour les offrir au Seigneur. La Bhagavad-gita enseigne a ce propos: “Quoi que tu fasses, que tu manges, que tu sacrifies et prodigues, quelque austérité que tu pratiques, que ce soit pour Me l’offrir, ô fils de Kunti.” (IX.27). Lui offrir le fruit des oeuvres, c’est établir le Seigneur Suprême à un niveau plus élevé que celui du concept impersonnel propre au varnasrama-dharma, mais toutefois, parce que la relation unissant l’être distinct au Seigneur ne s’y trouve pas clairement définie, Sri Caitanya rejette également cette proposition et relance à nouveau Ramananda Raya.

Ce dernier suggère alors qu’on renonce au varnasrama-dharma pour adhérer au service de dévotion. Mais le Seigneur rejette encore une fois son hypothèse, car celui qui abandonne brutalement sa position premiere risque de ne pas atteindre le but recherché.

Ramananda Raya donne alors la réalisation spirituelle, libre de toute conception matérielle de l’existence, pour la plus haute réussite accessible à l’homme. Mais là encore, le Seigneur oppose son véto, car ce principe, appliqué par des gens sans scrupules, a déja suscité de grands troubles; on ne saurait faire un tel bond de maniere aussi brusque. 

Ramananda Raya suggère enfin qu’on recherche sincèrement la compagnie des âmes réalisées, qu’on écoute d’une oreille soumise le message spirituel qui expose les Divertissements de la Personne Suprême; et cette fois-ci, Sri Caitanya donne avec joie Son accord. Cette derniere voie, on peut se la représenter a partir de l’enseignement de Brahmaji, selon qui le Seigneur Suprême est d’abord ajita, c’est-a-dire que nul ne peut L’approcher ou Le vaincre. Or, d’ajita, Il peut devenir jita, ou conquis, par le moyen le plus simple. ll suffit que l’être désirant L’approcher se défasse des toute arrogance et cesse de croire qu’il est lui-même Dieu, qu’il devienne tres humble et soumis, qu’il s’efforce de vivre paisiblement, tout occupé à tendre une oreille attentive aux discours d’âmes spirituellement réalisees, âmes qui dévoilent le message du bhagavata-dharma, de la religion éternelle, où le Seigneur Suprême et Ses dévots sont glorifiés. Glorifier de hautes personnalités: voilà un instinct naturel en l’homme; mais bien peu apprennent à glorifier le Seigneur. Et pourtant, cet acte simple de glorifier Dieu en la compagnie de dévots réalises du Seigneur donne d’atteindre la perfection de l’existence.  Le bhakta réalisé, c’est celui qui s’abandonne entièrement au Seigneur et qui n’a aucun attachement pour la prospérite matérielle. La prospérité matérielle et le plaisir des sens, de même que leur poursuite, relèvent, dans la sociéte humaine, de l’ignorance. Paix et amitié ne sauraient être présentes dans une sociéte séparée de Dieu et de Ses dévots. Il est donc impérieux de rechercher sincèrement la compagnie de purs bhaktas et d’écouter avec patience et soumission leur parole; peu importe alors notre condition sociale. Appartenir aux couches supérieures, ou aux couches inférieures de la société, ni l’un ni l’autre ne fait obstacle à la réalisation spirituelle. Il suffit que l’être écoute régulierement l’enseignement d’une âme réalisee. Il arrive aussi qu’un tel précepteur tienne des conférences sur les Textes védiques, à l’exemple des acaryas qui dans le passé ont réalisé la Vérite Absolue, donnant ainsi a tous la possibilite d’entendre le message divin. Sri Caitanya Mahaprabhu a particuliérement recommandé cette voie facile vers la realisation spirituelle qu’on connait généralement sous le nom de bhagavata-dharma, et pour laquelle le Srimad-Bhagavatam constitue le guide parfait.

En plus de ces divers sujets, on entendit les deux grands personnages, le Seigneur et Sri Ramananda Raya, échanger des propos spirituels encore plus élevés. Mais nous nous abstiendrons volontairement de les rapporter ici, car il est nécessaire de s’établir au niveau spirituel avant de pouvoir les apprécier. Nous avons néanmoins relaté ces propos dans un autre ouvrage: "L ’Enseignement de Sri Caitanya Mahaprabhu." 

Pour conclure Sa rencontre avec Sri Ramananda Raya, Sri Caitanya lui conseilla de quitter son emploi au service du gouvernement pour venir à Puri, où ils pourraient vivre ensemble, jouir d’un échange de sentiments purement spirituels. A la suite de quoi, quelque temps plus tard, Sri Ramananda Raya se retire, avec une pension du roi, et se rend à Puri, où il devient l’un des plus intimes dévots du Seigneur. A Purl également se trouve une autre âme noble, Sikhi Mahiti, lui aussi bhakta fort lié au Seigneur. Avec eux, et un ou deux autres de Ses compagnons à Puri, Sri Caitanya passera dix-huit années à s’entretenir de questions spirituelles très profondes, dans la plus grande extase spirituelle; Tous ces entretiens furent consignés par Son secretaire, Sri Damodara Gosvami, lequel était aussi l'un des quatre dévots les plus intimes du Seigneur. 

Sri Caitanya voyage également beaucoup à travers le sud de l’Inde, où Il initiera d’ailleurs celui qu’on nomme le saint Tukarama, ou le grand saint du Maharastra. Une fois initié par le Seigneur, le saint Tukarama inondera la province du Maharastra tout entière avec le flot béni du Mouvement de sankirtana, lequel continue toujours d’irriguer la partie sud-ouest de la grande peninsule indienne.

 

 



 

 

 

 


 

 

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