L'avènement du Seigneur Caitanya Mahaprabhu ( 2ème partie )

 



L'avènement du Seigneur Caitanya Mahaprabhu ( 2ème partie )

Si les parties intégrantes du Tout sont des personnes individuelles, 
comment leur source, le Tout duquel elles émanent et auquel elles appartiennent, pourrait-Il être impersonnel? Le Tout est en vérité la Personne Suprême et Absolue, souveraine parmi les étres relatifs. 

“Les Vedas nous enseignent que de Lui (qu’on nomme Brahmnan) tout émane, et que sur Lui tout repose. Qu’aprés la grande dévastation, tout se fond en Lui., et en Lui seul. Il est par consequent le but, l’origine et la cause de toutes les causes: elles ne sauraient se rattacher A un objet impersonnel. Les Vedas nous enseignent encore que Lui seul, l’Unique, S’est fait multiple, et que lorsque tel fut Son désir, Il imprégna la nature matérielle de Son regard. ,Avant qu’Il jette ainsi Son regard sur la nature matérielle, la création ni l'ordre cosmique n’existaient. Son regard ne saurait donc étre matériel. Le mental et les sens matériels n’avaient aucune existence avant que le Seigneur jette Son regard sur la nature matérielle. Ainsi, les Vedas prouvent, sans qu’aucun doute soit possible, que la Personne Suprême posséde des yeux et un mental, lesquels sont purement spirituels et absolus. Il n’ont rien de materiel. Son  impersonnalité ne constitue donc qu’une négation de toute qualité matérielle en Lui, et non un rejet de Sa personnalite spirituelle. Le Brahman désigne en derniere analyse Dieu, la Personne Supreme. La réalisation du Brahman impersonnel ne représente qu’une conception negative de la création matérielle. Le Paramatma constitue pour Sa part l’aspect localisé de ce Brahman dans toutes les formes dc corps matériels. Mais la réalisation ultime, celle du Brahman Suprême, correspond a la réalisation de Dieu, la Personne Suprême; c’est ce qu'établissent tous les Ecrits révélés. Il est la source ultime de tous les visnu-tattvas.

“Les Puranas constituent quant à eux d'autres suppléments des Vedas. Les mantras védiques en soi présentent de trop grandes difficultés pour l’homme du commun. Les femmes, les sudras et les membres déchus des familles de vaisyas, de ksatriyas et de brahmanas sont incapables de percer le sens profond des Vedas. C’est alors que l’Itihasa, ou le Mahabharata, et les Puranas entrent en jeu, car ils sont composés de façon a permettre une compréhension facile des vérités contenues dans les Vedas.

Dans ses prieres à Sri Krishna encore enfant, Brahma déclare que la bonne fortune des habitants de Vrajabhumi, sur qui regnent Sri Nanda Maharaja et Yasodamayi, ne connait aucune limite, car l’éternelle Vérité Absolue S’est faite leur proche intime. Les mantras védiques soutiennent que la Vérité Absolue ne posséde ni bras ni jambes, mais que pourtant Elle Se déplace plus
vite que tout être et prend toute chose qu’avec dévotion on Lui offre. Ainsi, bien que les bras et les jambes de l’Etre Suprême se distinguent des membres matériels que nous connaissons, l’Absolu est bel et bien une personne, comme le démontrent ces assertions des Vedas.

“Le Brahman, donc, n’est jamais impersonnel; cependant, une interpré
tation indirecte des mantras védiques peut laisser croire à tort que la Vérité Absolue demeure un objet impersonnel. Cette Verite Absolue, Dieu, la Personne Suprême, possède toutes perfections à l’infini; aussi est-Il egalement doté d’une Forme toute spirituelle, toute d’existence éternelle, de connaissance et de félicite. Comment des lors peut-on affirmer impersonnelle la Vérite Absolue?  

“Le Brahman, entièrement pénétré de perfections, détient d’innombrables puissances, qui toute se se divisent, selon l’autorite du Visnu Purana 
(6.7.60), en trois groupes principaux, correspondant aux trois energies premiéres du Seigneur, Sri Visnu. Son energie spirituelle; de même que l’energie
constitutive des étres vivants, sont dites constituer Son energie supérieure, alors que l’énergie materielle, issue de l’ignorance, constitue Son energie infe-
rieure. L’§ner‘gie a laquelle appartiennent les étres vivants est designee par le terme technique de ksetrajna-sakti. Cette ksetrajna-sakti, bien qu’elle soit qualitativement égale au Seigneur, peut, sous l'influence del’ignorance, connaitre le joug de l’energie materielle, et subir alors toutes sortes de souffrances matérielles. En d’autres mots, les êtres vivants, qui appartiennent a cette énergie marginale, se situent entre l’energie spirituelle supérieure et l’énergie matérielle inferieure; en fonction de leur plus grande proximite avec l’energie matérielle ou l’énergie spirituelle, ces êtres connaissent des niveaux d’existence plus ou moins élevés. 

“Le Seigneur Suprême, pour Sa part, transcende les énergies inférieure et marginale. Il est pleinement établi dans Son énergie spirituelle, qui se manifeste selon trois modes: l’existence éternelle, la félicité éternelle et la connaissance éternelle. L’existence éternelle reléve de Sa puissance sandhini, la félicité et la connaissance respectivement de Ses puissances hladhini et samvitEn tant que Seigneur Suprême, source de toutes les energies, Il est le maître ultime des énergies spirituelle, marginale et rnatérielle, et toutes ces variétes d’énergies et de puissances se trouvent liées au Seigneur à travers le service dedevotion éternel. 

“Le Seigneur Suprême jouit donc d’une félicité infinie dans Sa Forme spirituelle éternelle. N’est-il pas dès lors ahurissant qu’on ose Le prétendre dépourvu de puissances? Il est le maître de toutes les énergies, quand les êtres distincts constituent des fragments d’une de Ses energies. Une différence incalculable sépare donc le Seigneur des êtres distincts. Comment dès lors affirmer que le Seigneur et les êtres distincts sont en tous points identiques ? D’autre part, la Bhagavad-gita établit également que les êtres distincts appartiennent à l’énergie supérieure du Seigneur, et les lois d’interrelation étroite entre l'énergie et sa source nous permettent de comprendre que les êtres distincts et le Seigneur ne forment, dans ce sens, qu’une seule et même réalité. Mais gardons également à l’esprit qu’ils demeurent éternellement distincts, dans la mesure où l’énergie est toujours différente de sa source.

“Terre, eau, feu, air, ether, mental, intelligence et faux ego appartiennent
tous aux energies inférieures du Seigneur, et les êtres vivants, qui appartiennent à Son énergie supérieure, se distinguent de toutes; Tel est l’enseignement de la Bhagavad-gita.

 “La Forme spirituelle et absolue du Seigneur, quant à elle, existe éternelIement,“ dans la félicité spirituelle la plus pure. Or, comment cette Forme pourrait-elle être un produit, de la vertu matérielle? Par suite, quiconque refuse de croire en la Forrne personnelle du Seigneur est certes un être démoniaque de la pire espèce, rendu intouchable par sa bassesse; indigne d’être même aperçu et méritant d’être châtié par le roi des régions plutoniennes. Ceux qui, par ailleurs, prétendent observer la norme védique mais qui font fi de ces conclusions représentent de véritables dangers pour la société, plus encore que les bouddhistes, par exemple, dont les vues athées et l’irrespect des Vedas sont universellement reconnus.

 “Ainsi, Srila Vyasadeva a eu la grande bonté d’inclure tout le savoir védique dans Son Vedanta-sutra, mais quiconque prête l’oreille au commentaire qu’en donnent les mayavadls (ceux qui appartiennent a la(Sankara-sampradaya) sans nul doute s’égarera sur la voie de la réalisation spirituelle.

 “Le Vedanta-sutra traite d’abord de la théorie des émanations, selon laquelle toutes les manifestations matérielles proviennent, ou émanent, de la Personne Suprême et Absolue, Dieu, à travers Ses multiples et inconcevables puissances. Cette théorie est illustrée par l’exemple de la pierre philosophale, qui peut convertir en or une quantité illimitée de fer ‘tout en conservant son intégrité. Car, le Seigneur Suprême peut, par Ses inconcevables puissances, créer l’infinité des univers tout en restant identique a Soi, parfait et complet en Lui-même. Il est purna, complet en Lui-même, ‘et bien qu’un nombre infini de purnas, de tous également complets en eux-mêmes, émanent de Lui, ll demeure toujours  purna.

L’école mayavada préconise pour sa part la thèse de l’illusion, en basant sa théorie sur le fait que la Vérité Absolue, en faisant naître Ses émanations, Se transformerait. Mais, si tel était le cas, Vyasadeva serait dans l’erreur. Pour ne pas affronter la réalité, les impersonnalistes ont habilement mis au point cette théorie de l’illusion, selon laquelle l’entière création serait irréelle. Mais la manifestation cosmique n’a rien d’irréel, elle est simplement temporaire.“ Comment peut-on dire que du seul fait de son impermanence, une chose n’a aucune existence réelle? D’autre part le concept selon lequel le corps de matiére constitue l’être en soi ne correspond certes pas à la réalité.

“Le prapava, ou l’omkara (om), constitue l’hymne primordial des Vedas.Tous les hymnes védiques reposent sur ce pranava omkara, sur cette vibration sonore spirituelle qui n’est pas différente de la Forme du Seigneur. Le tattva-masi n’est qu’un mot secondaire dans les Textes védiques, et il ne saurait constituer l’hymne primordial des Vedas. Or, Sripada Sankaracarya a donné plus d’importance au mot tattvamasi qu’au principe fondamental de l’omkara.” 




Ainsi Sri Caitanya parla-t-ll du Vedanta-sutra, défiant toute la propagande de l’école mayavada. Le Bhattacarya tenta bien de se justifier, de défendre l’école mayavada en jonglant avec la logique et la grammaire, mais les arguments implacables du Seigneur vinrent à bout de son érudition. Sri Caitanya soutint que nous sommes tous unis au Seigneur Suprême par un lien éternel, et que cette union, réalisée par des échanges divers, se manifeste à travers le service de dévotion, qui est notre fonction éternelle. Que ce service trouve son aboutissement dans le prema, ou pur amour de Dieu. Et que lorsqu’on connait cet amour pour Dieu, il s’ensuit l’amour de tous les autres êtres, puisque le Seigneur représente en Lui—même la totalité des êtres vivants. Sri Caitanya ajouta par ailleurs que tout enseignement védique non lié à ces trois éléments —notre relation éternelle avec Dieu, nos rapports avec Lui et le développement de notre amour pour Lui—- ne peut être que détourné de son sens, et futile. Puis il ajouta que la philosophie mayavada, enseignée par Sripada Sankaracarya, n’est qu’une explication chimérique, un jeu de l’imagination a propos des Vedas, mais en précisant  qu’il devait en être ainsi, car Sankagacarya avait reçu du Seigneur Supême l’ordre d’enseigner de cette façon. En effet, le Padma Purana nous apprend que le Seigneur Suprême ordonna un jour à Siva d’écarter de Lui la race humaine. Dans quel but Dieu Se voulait-ll ainsi voile ? C’était afin d’encourager les hommes à se multiplier davantage. Siva dit a Devi, son épouse: “Dans l’âge de Kali, j’enseignerai, sous la forme d’un brahmana, la philosophie mayavada, qui n’est en fait qu’un bouddhisme déguisé.

  Après avoir entendu les paroles de Sri Caitanya Mahaprabhu, le Bhattacarya est frappé d’émerveillement at d’admiration; il fixe le Seigneur dans le plus profond silence. Mais le Seigneur lui assure alors qu’il n’y a pas lieu de s’émerveiller: “Je dis simplement que le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, est le but ultime de la vie humaine. Il cite ensuite un sloka du Srimad-Bhagavatam et lui certifie que même les âmes libérées, absorbées dans le monde du spirituel et dans la réalisation de l’Absolu adoptent le service de dévotion qu’on offre au Seigneur, Sri Hari, car l’Etre Divin possède de telles qualités spirituelles qu’Il fascine même les âmes libérées.

Le Bhattacarya manifeste alors le désir d’entendre de Srl Caitanya l’explication du verset atmarama du Srimad-Bhagavatam (l .7.l0). Le Seigneur demande d’abord au Bhattacarya de donner sa propre explication, après quoi Il fera connaître la sienne. Le Bhattacarya entame alors une explication très érudite du sloka, en s’appuyant sur divers éléments de logique. Il donne ainsi neuf explications différentes du sloka, principalement basées sur la logique (il est le logicien le plus renommé du temps). Le Seigneur rend alors hommage à son érudition, puis, sur la demande du Bhatacarya, explique à Son tour le sloka. Mais Il en donne dix-huit exégèses différentes, sans reprendre aucune des neuf qu’avait avancées le Bhattacarya.

  Après, avoir entendu l’explication de Sri Caitanya  sur l’atmarama sloka, le Bhattacarya est persuadé qu’un tel savoir ne saurait venir d’une créature terrestre. Avant cela, Sri Gopinatha Acarya avait bien tenté de le convaincre de la divinité de Caitanya, mais en vain. Or, le Bhattacarya est à présent si étonné par les dires du Seigneur sur le Vedanta-sutra et par Ses explications de l’atmarama sloka, qu’il commence à soupconner qu’il a commis une grave offense aux pieds pareils-au-lotus de Sri Caitanya en ne Le reconnaissant pas comme Krishna Lui-même; Aussitot, il s’abandonne à Lui, se repent de son attitude inconvenante, et le Seigneur, dans Sa grande bonté, l’accepte comme Son dévot. Plus, dans Son infinie miséricorde, Il lui montre Sa Forme de Narayana, à quatre bras, puis Sa forme de Krishna, à deux: bras et tenant une flute. Le Bhattacarya se prosterne aussitot aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur et compose sur-le-champ plusieurs slokas appropriés à Sa gloire. Par

la grâce de Sri Caitanya, il compose ainsi près de cent versets de louange. Puis le Seigneur l’étreint, et d’extase spirituelle, le Bhattacarya perd conscience de sa condition physique. Des larmes, des frissons, des palpitations au coeur, des gouttes de sueur, des vagues d’émotion, des mouvements de danse, des élans de chants, des pleurs, bref les huit symptômes de l’extase spirituelle, apparaissent alors sur le corps du Bhattacarya. Sri Gopinatha Acarya s’émerveille et se réjouit de l’étonnante conversion opérée sur son beau-frére par la grâce du Seigneur.

Parmi les cent slokas célébres, composés à la gloire du Seigneur par le Bhattacarya, deux sont particuliérement notables, qui résument la mission de Sri Caitanya:

1)    Que je m’abandonne au Seigneur Suprême, maintenant apparu sous la forme de Sri Caitanya Mahaprabhu. Océan d’infinie miséricorde, Il est venu nous enseigner le détachement de la matière, le savoir réel et le service de dévotion offert à Sa Personne. .

2)     Le service de dévotion pur offert au Seigneur ayant sombré dans l’oubli des temps, Sri Caitanya est apparu afin d’en raviver les principes. Je rends donc mon hommage à Ses pieds pareils-au-lotus.

Sri Caitanya a établi l’équivalence du mot mukti et du mot Visnu, qui désigne la Personne Suprême, car atteindre la mukti, la libération de l’esclavage dû à l’existence matérielle, c’est atteindre le service du Seigneur.

Le Seigneur Se dirige ensuite vers le sud de l’Inde, où Il passera quelque temps, et tous les êtres qu’Il croise sur Sa route, ll les convertit en dévots de Sri Krishna, qui a leur tour convertissent plusieurs autres hommes au service de dévotion, ou bhagavata-dharma. Ainsi faisant, Il atteint les rives de la rivière Godavari, où Il rencontre Srila Ramananda Raya, le gouverneur de Madras, sous l’autorité de Maharaja Prataparudra, roi d’Orissa.‘ Ses entretiens avec Ramananda Raya constituent un document de première importance sur la réalisation supérieure du savoir spirituel. A elles seules, leurs conversations fourniraient la matière d’un ouvrage, mais nous en donnerons tout de même ici le résumé

Sri Ramananda Raya, bien qu’il semble faire partie d’une couche sociale inférieure à celle des brahmanas, est une âme pleinement réalisée. Il n’est pas un sannyasi, puisqu’il occupe un haut poste au gouvernement de l’Etat, et pourtant, Sri Caitanya Mahaprabhu, pour le haut degré de son savoir spirituel et de sa réalisation, reconnait en lui une âme libérée, tout comme Il a bien voulu dans Ses rangs de Srila Haridasa Thakura, un de Ses dévots chevronnés qui était d’origine musulmane. Plusieurs autres grands dévots du Seigneur proviennent ainsi de lignages, races et religions diverses. Car le seul critère de Caitanya est le degré de dévotion manifesté par chacun. Il n’attache aucune importance aux apparences extérieures; Il ne s’intéresse qu’à l’âme, sise à l’intérieur, et à son activité. Il est facile de comprendre, à la lumière de ce fait, que toute l’oeuvre missionnaire du Seigneur se situe sur le plan spirituel, et que le culte de Sri Caitanya Mahaprabhu, ou bhagavata-dharma, ne se rattache à aucune considération d’ordre matériel, qu’il s’agisse du domaine social; politique; économique ou autre. Le Srimad-Bhagavatam sur quoi s’appuie le culte de Sri Caitanya, représente à cet égard le plus pur impératif spirituel pour l’âme.

Lorsque Sri Caitanya rencontra Sri Ramananda Raya sur les rives de la rivière Godavari, le premier sujet qu’ils débattirent fut celui de l’institution védique du varnasrama, ou varnasrama-dharma. Sri Ramananda Raya avance alors que l’adhésion aux principes naturels du varnasrama-dharma, qui divise la société en quatre varnas et asramas, permet à quiconque d’accéder à la réalisation spirituelle. Le Seigneur, cependant, considère le varnasrama-dharma comme superficiel, et incapable de donner accès à une réalisation complète des valeurs spirituelles. La perfection ultime consiste à se détacher de la matière, pour, dans les proportions de ce détachement, pénétrer le sublime service d’amour offert au Seigneur. Et le Seigneur Suprême reconnait aussitôt quiconque progresse dans cette voie. Le sommet du développement de toutes les formes du savoir est donc représenté par le service de dévotion. Lorsque Sri Krishna, Dieu, la Personne Suprême, est venu délivrer toutes les âmes déchues, Il a préconisé la méthode suivante : puisque les êtres, les âmes, émanent du Seigneur Suprême et Absolu, et que tout ce qui nous entoure constitue le déploiement de Ses énergies, chacun doit l’adorer à travers son occupation respective.


Telle est la voie parfaite, approuvée par tous les grands acaryas des temps passés et présents. Le varnasrama-dharma, plus ou moins, repose sur des principes de morale, et ne permet pas une réalisation totale de la réalite spirituelle; pour cette raison, parce qu’Il le juge insuffisant, superficiel, Sri Caitanya Mahaprabhu l’a rejeté en tant que voie vers l’Absolu, et demande à Ramananda-Raya de pousser plus loin sa reflexion.

Sri Ramananda Raya suggère, alors la voie qui consiste a renoncer aux fruits des actes pour les offrir au Seigneur. La Bhagavad-gita enseigne a ce propos: “Quoi que tu fasses, que tu manges, que tu sacrifies et prodigues, quelque austérité que tu pratiques, que ce soit pour Me l’offrir, ô fils de Kunti.” (IX.27). Lui offrir le fruit des oeuvres, c’est établir le Seigneur Suprême à un niveau plus élevé que celui du concept impersonnel propre au varnasrama-dharma, mais toutefois, parce que la relation unissant l’être distinct au Seigneur ne s’y trouve pas clairement définie, Sri Caitanya rejette également cette proposition et relance à nouveau Ramananda Raya.

Ce dernier suggère alors qu’on renonce au varnasrama-dharma pour adhérer au service de dévotion. Mais le Seigneur rejette encore une fois son hypothèse, car celui qui abandonne brutalement sa position premiere risque de ne pas atteindre le but recherché.

Ramananda Raya donne alors la réalisation spirituelle, libre de toute conception matérielle de l’existence, pour la plus haute réussite accessible à l’homme. Mais là encore, le Seigneur oppose son véto, car ce principe, appliqué par des gens sans scrupules, a déja suscité de grands troubles; on ne saurait faire un tel bond de maniere aussi brusque. 

Ramananda Raya suggère enfin qu’on recherche sincèrement la compagnie des âmes réalisées, qu’on écoute d’une oreille soumise le message spirituel qui expose les Divertissements de la Personne Suprême; et cette fois-ci, Sri Caitanya donne avec joie Son accord. Cette derniere voie, on peut se la représenter a partir de l’enseignement de Brahmaji, selon qui le Seigneur Suprême est d’abord ajita, c’est-a-dire que nul ne peut L’approcher ou Le vaincre. Or, d’ajita, Il peut devenir jita, ou conquis, par le moyen le plus simple. ll suffit que l’être désirant L’approcher se défasse des toute arrogance et cesse de croire qu’il est lui-même Dieu, qu’il devienne tres humble et soumis, qu’il s’efforce de vivre paisiblement, tout occupé à tendre une oreille attentive aux discours d’âmes spirituellement réalisees, âmes qui dévoilent le message du bhagavata-dharma, de la religion éternelle, où le Seigneur Suprême et Ses dévots sont glorifiés. Glorifier de hautes personnalités: voilà un instinct naturel en l’homme; mais bien peu apprennent à glorifier le Seigneur. Et pourtant, cet acte simple de glorifier Dieu en la compagnie de dévots réalises du Seigneur donne d’atteindre la perfection de l’existence.  Le bhakta réalisé, c’est celui qui s’abandonne entièrement au Seigneur et qui n’a aucun attachement pour la prospérite matérielle. La prospérité matérielle et le plaisir des sens, de même que leur poursuite, relèvent, dans la sociéte humaine, de l’ignorance. Paix et amitié ne sauraient être présentes dans une sociéte séparée de Dieu et de Ses dévots. Il est donc impérieux de rechercher sincèrement la compagnie de purs bhaktas et d’écouter avec patience et soumission leur parole; peu importe alors notre condition sociale. Appartenir aux couches supérieures, ou aux couches inférieures de la société, ni l’un ni l’autre ne fait obstacle à la réalisation spirituelle. Il suffit que l’être écoute régulierement l’enseignement d’une âme réalisee. Il arrive aussi qu’un tel précepteur tienne des conférences sur les Textes védiques, à l’exemple des acaryas qui dans le passé ont réalisé la Vérite Absolue, donnant ainsi a tous la possibilite d’entendre le message divin. Sri Caitanya Mahaprabhu a particuliérement recommandé cette voie facile vers la realisation spirituelle qu’on connait généralement sous le nom de bhagavata-dharma, et pour laquelle le Srimad-Bhagavatam constitue le guide parfait.

En plus de ces divers sujets, on entendit les deux grands personnages, le Seigneur et Sri Ramananda Raya, échanger des propos spirituels encore plus élevés. Mais nous nous abstiendrons volontairement de les rapporter ici, car il est nécessaire de s’établir au niveau spirituel avant de pouvoir les apprécier. Nous avons néanmoins relaté ces propos dans un autre ouvrage: "L ’Enseignement de Sri Caitanya Mahaprabhu." 

Pour conclure Sa rencontre avec Sri Ramananda Raya, Sri Caitanya lui conseilla de quitter son emploi au service du gouvernement pour venir à Puri, où ils pourraient vivre ensemble, jouir d’un échange de sentiments purement spirituels. A la suite de quoi, quelque temps plus tard, Sri Ramananda Raya se retire, avec une pension du roi, et se rend à Puri, où il devient l’un des plus intimes dévots du Seigneur. A Purl également se trouve une autre âme noble, Sikhi Mahiti, lui aussi bhakta fort lié au Seigneur. Avec eux, et un ou deux autres de Ses compagnons à Puri, Sri Caitanya passera dix-huit années à s’entretenir de questions spirituelles très profondes, dans la plus grande extase spirituelle; Tous ces entretiens furent consignés par Son secretaire, Sri Damodara Gosvami, lequel était aussi l'un des quatre dévots les plus intimes du Seigneur. 

Sri Caitanya voyage également beaucoup à travers le sud de l’Inde, où Il initiera d’ailleurs celui qu’on nomme le saint Tukarama, ou le grand saint du Maharastra. Une fois initié par le Seigneur, le saint Tukarama inondera la province du Maharastra tout entière avec le flot béni du Mouvement de sankirtana, lequel continue toujours d’irriguer la partie sud-ouest de la grande peninsule indienne.

Toujours dans le sud de l’Inde, le Seigneur remet au pjour deux textes anciens d’une grande importance: la Brahma-samita, qui est un résumé du Srimad-Bhagavatam, et le Krsgza-kargu7m_rta, deux Ecrits authentiques destinés à être objet d’étude, pour tous ceux qui suivent la voie dévotionnelle.

Aprés ce voyage an sud de l’Inde, Sri Caitanya retourne à Puri, où tous Ses dévots, languissant dans l’expectative de Son retour, retrouvent soudain la vie. Le Seigneur demeurera désormais dans cette ville, ou Il dévoilera sans cesse de nouveaux Divertissements relatifs à Ses réalisations toutes spirituelles. L’événement le plus important qui survient a cette époque est l’audience qu’Il accorde au roi Prataparudra. Ce monarque, grand bhakta, se voyait comme un serviteur du Seigneur, dont il se faisait un devoir de balayer le temple; Sri Caitanya Mahaprabhu appréciait à sa haute valeur une telle soumission de la part du roi. Celui-ci avait prié Sarvabhauma Bhattacarya et Ramananda Raya de lui ménager une rencontre avec le Seigneur; pourtant, malgré la requéte de Ses deux dévots et compagnons intimes, Sri Caitanya lui avait froidement refusé cette faveur. Car, Il insistait sur le péril que représente, pour un sannyasi,,le fait d’entrer en rapports trop étroits avec des femmes ou êtres que préoccupent l’argent et les affaires du monde. N’oublions pas que Sri Caitanya était un parfait sannyasi. Aucune femme ne pouvait L’approcher, fut-ce pour Lui offrir ses respects. Elles devaient toutes se tenir très éloignées du Seigneur. La raison est qu’en tant qu'acarya et maître parfait, Il voulait adhérer strictement aux moindres devoirs ,du sannyasi. En plus d’être un avatara; Sri Caitanya montrait un caractére d’homme idéal. Ainsi ses rapports avec autrui étaient-ils, eux aussi,’ à l’abri de toute suspicion. Et en tant qu’acarya, Il était plus rude que la,foudre,' mais aussi plus tendre que la rose. L’un de Ses compagnons, I-laridasa le jeune, commit un jour la grave faute de jeter sur une jeune femine un regard de convoitise, et le Seigneur, présent en chacun, sous la forme de,l’âme Suprême, eut connaissance du désir impur habitant son mental. Aussitot, Il Ie bannit de Son entourage et n’accepta jamais qu’il revienne auprès .de Lui, bien qu’en L’implorant de lui pardonner. Haridasa, le jeune, incapable de supporter la séparation du seigneur, se donna la mort. Quand la nouvelle parvint jusqu’à Sri,Caitanya, Il n’avait pas encore oublié son offense,‘ et Il parla simplement d’un châtiment mérité.

Sri Caitanya Mahaprabhu n’acceptait donc aucun compromis quant aux principes et, à la discipline du sannyasa, et ainsi, bien qu’Il sut que le roi Prataparudra était un grand bhakta, Il avait toujours refusé de le voir, à cause de ses activités dans le monde matériel. Le Seigneur voulait ainsi montrer le comporternent idéal qui doit être adopté par le spiritualiste. Un spiritualiste doit en effet éviter tout point de contact avec l’argent et les femmes. Tout entre eux est antagoniste. Mais enfin, par l’habi!e entremise des compagnons du Seigneur, le roi finit par obtenir Sa faveur. Un tel fait démontre que les dévots bien-aimés du Seigneur peuvent aider le néophyte d’une manière plus libérale encore que le Seigneur Lui-même ne le ferait. C’est pourquoi un pur bhakta ne commet jamais d’.offense aux pieds d’un de ses semblables. Il arrive que le Seigneur miséricordieux pardonne une offense faite a Ses pieds pareils-au-lotus, mais commettre une offense aux pieds d’un bhakta est fort périlleux pour qui désire vraiment progresser sur. la voie du service de dévotion.

Pendant les années où Srl Caitanya demeure à Purl, des milliers de fidèles viennent Le voir au cours des fétes annuelles et du ratha-yatra, ou dans Sa Forme de Jagannatha,le Seigneur est promené sur un char. Dans le cadre de ces fêtes, la purification du temple Gundica sous la surveillance personnelle de Sri Caitanya représente une autre manifestation d’importance.

Le sarlkirtana de Caitanya à Puri offrait une scène unique aux foules assemblées. Tel est le moyen qui permet d’attirer l’attention de tous les hommes sur la réalisation spirituelle. Le Seigneur a lui-même institué ce Mouvement de sankirtana universel, et les dirigeants de tous les pays devraient profiter de cette vague spirituelle pour donner a la masse des citoyens la paix et l’harmonie sous leur forme la plus pure. N’est-ce pas ce dont le monde entier a le plus urgent besoin?

Après quelque temps, le Seigneur quitte de nouveau Puri, cette fois pour voyager dans le nord de l’Inde et visiter Vrindavana ainsi que leslieux avoisinants. Alors qu’Il traverse les jungles de Jharikhanda, dans le Madhya Bharata, voici que tous les animaux —-tigres sauvages, éléphants, ours, cerfs se joignent à Lui pour participer au sarikirtana. Il prouve ainsi que par la propagation du Mouvement du sankirtana, ou glorification publique et en groupe, du Seigneur Suprême par le chant de Ses Saints Noms, même les bêtes sauvages peuvent» trouver la paix et l’harmonie. Que dire alors des hommes que.l’on suppose déjà civilisés la ! Aucun homme digne de ce nom ne refusera de se joindre au Mouvement du sarikirtana. Ce Mouvement n’établit aucune discrimination de race, de classe, de religion ou d’espèce. Quelle meilleure preuve que de voir le Seigneur, dans Sa grande mission, inviter même les animaux à rallier Son Mouvement?

Les sannyasis màyavadis, qui de nos jours encore envahissent Bénarès, se désignent entre eux sous le nom de Nàrayana. Mais certains qui virent alors le Seigneur au milieu de Son groupe de sankirtana comprirent qu'Il était, Lui, Narayana en personne, et la nouvelle en parvint au grand sannyasi Prakasananda. En Inde, il y a toujours une sorte de rivalité spirituelle entre les écoles màyâvada et bhagavata. Ainsi, lorsque Prakasànanda entendit parler de Sri Chaitanya, il comprit qu'il s'agissait d'un sannyasi vaisnava, et essaya de Le rabaisser aux yeux de ceux qui venaient de L'en entretenir. Il Le déprécia pour Sa propagation du Mouvement de sankirtana, qu'il considérait comme une manifestation de pure sentimentalité religieuse. Prakasànanda, qui étudiait en érudit le Vedanta, conseilla à ses disciples de porter sur l'Ecrit sacré toute leur attention, sans attacher d'importance au sankirtana.

Cependant, un bràhmana vaisnava, qui devait plus tard devenir un dévot de Sri Chaitanya, n'avait nullement apprécié la critique de Prakâsànanda, et se rendit auprès du Seigneur pour Lui exprimer ses regrets. Une chose l'avait frappé: que lorsqu'il avait prononcé le Nom de Krishna devant le sannyasi Prakàsânanda, ce dernier avait entamé une assez violente critique; il l'avait pourtant entendu plusieurs fois prononcer le Nom de Chaitanya. Le brahmana s'étonnait de constater que le sannyasi Prakasananda n'avait pu prononcer le Nom de Krishna une seule fois, bien qu'à plusieurs reprises il ait fait résonner celui de Chaitanya. Sri Chaitanya sourit et lui expliqua la raison pour laquelle les màyavadis ne peuvent émettre le son du Saint Nom de Krishna."

Les mayàvâdis, bien qu'ils prononcent constamment les mots brahman, atma ou Chaitanya, n'en commettent pas moins de grandes offenses aux pieds pareils-au-lotus de Krishna, et pour cette raison, ils sont rendus incapables de seulement prononcer Son Saint Nom. Le Nom de Krishna n'est en rien différent de Sri Krishna Lui-même, le Seigneur Suprême. Dans le royaume de l'absolu, où tout est pure félicité spirituelle, nom, forme et personne ne présentent aucune différence. Le Corps et l'Ame de la Vérité Absolue, ou Dieu, la Personne Suprême, Sri Krishna, ne font qu'Un. En cela, Il Se distingue des âmes infinitésimales, toujours différentes des corps qu'elles revêtent. A cause justement de cette position absolue de Sri Krishna, il s'avère fort difficile pour l'homme du commun de Le connaître tel qu'Il est, avec Son Saint Nom, Sa Renommée, etc. Ses Nom, Renommée, Forme et Divertissements participent tous de la même identité spirituelle et absolue, et ils ne peuvent être perçus au moyen des sens matériels."

Les échanges spirituels qui caractérisent les Divertissements du Seigneur sont une source de félicité infiniment plus grande que la réalisation du Brahman ou l'identification de soi avec l'Absolu. S'il en était autrement, pourquoi des hommes déjà établis dans la béatitude du Brahman se seraient-ils laissés fasciner par la félicité des Divertissements du Seigneur?

La rencontre du Seigneur Chaitanya avec le sannyasi mayavadi Prakasananda-Sarasvati :"Les dévots de Sri Chaitanya organisent alors une rencontre où ils invitent tous les sannyasis, y compris le Seigneur et Prakâsananda Sarasvati. Cette réunion constitue le cadre d'un long entretien entre les deux érudits, Sri Chaitanya et Prakasananda, sur la valeur spirituelle du Mouvement du sankirtana, et nous en donnerons ici un bref aperçu.

Le grand sannyasi mayàvàdi Prakàsananda s'enquiert auprès du Seigneur des raisons pour lesquelles Il préfère à l'étude du Vedanta-sùtra la pratique du sankirtana. Il va du devoir de tout sannyasi, affirme-t-il, de se consacrer à l'étude du Vedanta-sùtra. Pourquoi dès lors s'abandonner au sankirtana? Le Seigneur de lui répondre très humblement: "Si à l'étude du Vedanta J'ai préféré le sankirtana, c'est que J'ai fort peu d'intelligence." Sri Chaitanya Se donne ainsi comme le modèle des multitudes obtuses qui peuplent cet âge, définitivement incapables d'étudier la philosophie du Vedanta. Les sots qui en font tout de même la tentative ne parviennent qu'à jeter la société entière dans le chaos. "Et à cause de Ma piètre intelligence, poursuit le Seigneur, Mon maître spirituel M'a défendu de jongler avec la philosophie du Vedanta. Mieux vaut, M'a-t-il dit, chanter les Saints Noms du Seigneur, car Je pourrais ainsi M'affranchir des chaînes de la matière."

En cet âge de Kali, point d'autre religion que la glorification du Seigneur par le chant ou la récitation de Ses Saints Noms. Tel est l'enseignement de tous les Ecrits révélés. Par ailleurs, Mon maître spirituel M'a fait connaître un sloka du Brihan-naradiya Puràna (38.126):

harer Hama harer Hama harer namaiva kevalam kalau nasty eva nasty eva nasty eva gatir anyathà. qui se traduit ainsi: "Chante les Saints Noms, chante les Saints Noms, chante les Saints Noms du Seigneur, car en cette ère de discorde et d'hypocrisie, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen pour atteindre la libération." Ainsi, sur l'ordre de Mon maître spirituel, Je Me suis mis à chanter les Saints Noms de Hari, et maintenant, Je ne puis plus M'arrêter. Chaque fois que Je prononce les Saints Noms, Je M'oublie, et Je commence à rire, à pleurer et à danser, comme si J'avais perdu la raison. Je croyais même que ce chant M'avait rendu fou, et J'en ai parlé à Mon maître spirituel. Mais il M'apprit que tels étaient les effets attendus du chant des Saints Noms, qui a le pouvoir d'engendrer des émotions spirituelles rares. Il constitue le signe de l'amour pour Dieu, qui est le but ultime de l'existence. Cet amour de Dieu dépasse la libération (mukti), et pour cette raison, on dit qu'il représente le sommet de la réalisation spirituelle, le cinquième degré de perfectionnement.  Le chant des Saints Noms de Krishna permet d'atteindre cet amour de Dieu, et c'est une grande bénédiction pour Moi que d'avoir reçu cette faveur sans prix.

"Après avoir entendu ces déclarations, le sannyasi mayàvâdi demande malgré tout au Seigneur quel mal il peut y avoir à étudier le Vedanta, si l'on chante également les Saints Noms. En réalité, Prakasananda Sarasvati sait fort bien que Sri Chaitanya était auparavant connu sous le nom de Nimâi Pandits, qu'Il était un célèbre érudit de Navadvipa, et il pense que le Seigneur doit sûrement poursuivre quelque dessein en Se déclarant ainsi dénué d'intelligence. Le Seigneur sourit alors et dit: "Si vous daignez Me le permettre, J'aimerais donner une réponse à votre question."

Tous les sannyasis, enchantés par l'attitude humble et droite de Chaitanya, Lui laissèrent entendre que quoi qu'Il puisse leur dire, ils n'en seraient offensés d'aucune manière. Alors, le Seigneur S'adresse à eux dans ces termes: "Le Vedanta-sutra se constitue de mots, ou sons, purement spirituels, émis par Dieu, la Personne Suprême et Absolue. Ainsi, le Vedanta ne saurait comporter aucune des faiblesses ou imperfections humaines —erreur, illusion, tricherie ou inefficience. Le Vedanta-sutra transporte le message des Upanisads, et la transmission directe à son tour de l'enseignement qu'il renferme doit certes être glorifiée. D'autre part, les interprétations divergentes qu'en a données Sankaràcarya n'éclairent nullement la teneur réelle du sutra, et par suite, elles ne peuvent être que destructives et néfastes.

"Le mot Brahman désigne le plus grand de tous les êtres, supérieur à tous, maître de toutes les perfections absolues. En dernière analyse, Brahman n'est nul autre que le Seigneur Suprême, Dieu, mais on Le voile d'interprétations obliques, on tente ainsi d'établir qu'Il est de nature impersonnelle. Tout ce qui existe dans le monde spirituel, qu'il s'agisse de la Forme, du Corps, de la Demeure ou de l'Entourage du Seigneur, tout déborde de félicité absolue. Tous les êtres y jouissent de la connaissance et du bonheur éternels. Àcarya Sankara n'est pas à blâmer pour son interprétation du Vedanta, mais quiconque accepte son exégèse est égaré sans recours, car quiconque considère le Corps spirituel et absolu du Seigneur Suprême comme une chose matérielle se rend par là même coupable du plus grand des blasphèmes.

Par les propos pénétrants du Seigneur, les sannyasis mayavadis se convertissent et deviennent des bhaktas :
"On voit que les propos du Seigneur en cette occasion ressemblent beaucoup à ceux de Puri, dans Ses échanges avec le Bhattàcàrya. Ainsi, par Ses arguments sans réplique, Il réduit une fois de plus à néant les interprétations mayàvàdis du Vedanta-sutra. Tous les sannyasis assemblés là déclarent alors que Sri Chaitanya est la personnification même des Vedas, le Seigneur Suprême en personne. Tous se convertissent aussitôt à la bhakti et acceptent dès lors le Saint Nom de Sri Krishna, après quoi ils partagent leur repas avec le Seigneur, qui siège au milieu d'eux.

Après la conversion des sannyasis mayàvâdis, la popularité de Sri Chaitanya à Vârànasi ne fait que s'accroître, et des milliers de gens s'assemblent pour Le voir en personne. Ainsi le Seigneur établit-Il l'importance primordiale du Srimad-bhàgavata-dharma et balaie-t-Il tous les autres systèmes de réalisation spirituelle. A partir de ce jour, tout Vàrânasi fut inondé par le Mouvement sublime du sankirtana.

Le Seigneur enseigne Sanatana Goswami sur la nature spirituelle, éternelle, des êtres vivants :
Durant le séjour du Seigneur à Varanasi, Sanâtana Gosvâmi arrive également dans la ville, tout juste après avoir abandonné ses fonctions. Il était, nous l'avons vu, ministre d'Etat au sein du gouvernement du Bengale, alors sous le régime du Nawab Husena Sahà. Il avait eu quelque mal à se libérer de ses fonctions, car le Nawab montrait la plus grande réticence à se séparer d'un aide aussi précieux. Néanmoins, il parvient à s'affranchir et se rend à Vàrànasi, où Sri Chaitanya va lui enseigner les principes du service de dévotion. Le Seigneur lui fera connaître la condition originelle, naturelle et éternelle des êtres distincts, la cause de leur asservissement par la matière, leur relation éternelle, leur union avec le Seigneur Suprême; la position spirituelle et absolue de Dieu, la Personne Suprême, Ses différentes manifestations et émanations, ou avataras, Sa domination des différentes parties de l'univers, la nature de Sa demeure spirituelle; l'éventail des activités dévotionnelles et leurs divers degrés de développement, les principes régulateurs qui permettent de s'élever graduellement vers la perfection spirituelle; les signes à quoi reconnaître les différents avataras apparaissant en divers âges, ou ères, et le moyen de les identifier en s'appuyant sur les informations que donnent à ce sujet les textes révélés. Les enseignements du Seigneur à Sanatana Gosvami constituent un chapitre important du Sri Caitanya-caritamrita, et leur explication demanderait à elle seule un livre entier. Nous préférons donc renvoyer le lecteur à un autre de nos ouvrages, L'Enseignement de Sri Chaitanya Mahaprabhu, où il en trouvera le détail.


Chaitanya Mahaprabhu visite Vrindavana, Mathura :
Parvenu, dans son voyage, à Mathura, le Seigneur visite tous les endroits importants de pèlerinage, et de là Se rend à Vrindavana. Sri Chaitanya était apparu dans la famille d'un brahmana de classe très élevée, et de plus, en tant que sannyàsi, Il était un précepteur et maître pour tous les varnas et asramas. Mais Il n'en acceptait pas moins les repas que lui offraient tous les vaisnavas, quelle que fût leur origine sociale. A Mathura, par exemple, les brahmanes de Sanodiya passaient pour peu élevés dans la hiérarchie sociale, mais le Seigneur accepta pourtant de partager leur repas, surtout à cause du fait que Son hôte était un disciple de la famille de Mâdhavendra Puri.

A Vrndàvana, Sri Chaitanya Se baigne en ving-quatre ghatas, ou lieux de bain, importants, et II voyage à travers les douze forêts (vanas). Il y est accueilli par tous les oiseaux et les vaches comme par des amis de longue date. Puis le Seigneur étreint les arbres de ces forêts, geste par lequel Il ressent tous les symptômes de l'extase spirituelle. Parfois, Il perd conscience, mais on Lui fait alors retrouver Ses esprits en chantant les Saints Noms de Krishna. En les manifestations spirituelles visibles sur le Corps du Seigneur lors de Son séjour dans les forêts de Vrindàvana sont uniques et inexplicables; c'est pourquoi nous n'en donnons ici qu'un bref aperçu.

A Vrindavana, Sri Chaitanya visite plusieurs endroits importants, parmi lesquels Kamyavana, Âdisvara, Pavana-sarovara, Khadiravana, Sesasàyi, Khela-tirtha, Bhàndiravana, Bhadravana, Srivana, Lauhavana, Mahavana, Gokula, Kaliya-hrada, Dvadasaditya, Kesi-tirtha, et ainsi de suite. Lorsqu'Il vit l'endroit où avait eu lieu la danse rasa, Il entra aussitôt dans une grande extase. Tout au long de Son séjour à Vrindavana, Il demeurait à Akrùraghàta.

Le Seigneur part pour Prayaga et sur le chemin, Il rencontre des érudits musulmans avec lesquels Il s’entretient sur le Coran :
Puis, de Vrndavana, Son serviteur personnel, Krishnadasa Vipra, l'incita à regagner Prayàga dans le but d'y prendre un bain purificatoire à l'occasion de magha-mela. Sur le chemin de Prayaga, ils rencontrent quelques Pathanas, parmi lesquels se trouve un Moulana érudit. Sri Chaitanya s'entretient alors pendant quelque temps avec le Moulana et ses compagnons, et finit par les convaincre de ce que le Coran parle lui aussi du bhagavata-dharma et de Krishna. Tous se convertissent au service de dévotion.

Les habitants de Prayaga reçoivent le Seigneur dignement :
Arrivé à Prayaga, Sri Chaitanya rencontre Srila Rupa Goswami et son plus jeune frère près du temple de Bindu-Madhava. Cette fois, le Seigneur reçoit un accueil plus digne de la part des habitants de Prayâga. De même, Vallabha Bhatta, qui réside à Àdâila, un village situé sur la rive opposée de Prayàga, invite le Seigneur à Se rendre chez lui, mais en cours de route, Celui-ci Se jette dans la rivière Yamuna, et c'est à grand-peine qu'on L'en tire, inconscient. Nonobstant, Sri Chaitanya finit par atteindre la demeure de Vallabha Bhatta, qui est un de Ses principaux admirateurs, quoiqu'il instituera plus tard son propre groupe, sa propre lignée, la Vallabha-sampradaya.

A Prayaga, le Seigneur instruit Srila Rupa Goswami sur la science du service de dévotion :
Sur la rive du Dasasvamedha-ghàta, à Prayaga, Sri Caitanya instruit Rupa Gosvàmi dans la science du service de dévotion durant dix jours entiers. Au bénéfice du Rûpa Gosvàmi, Il analyse alors les 8 400 000 espèces vivantes, et, plus en détail, les divisions de l'espèce humaine; Il distingue en particulier ceux qui adhèrent aux principes védiques, et parmi eux, les êtres qui agissent en vue des fruits de leurs actes, puis les empiristes, enfin les âmes libérées. C'est à ce moment qu'Il déclara qu'en fait, les purs dévots de Sri Krishna sont très rares.

Exemple de Rupa Goswami qui partage équitablement ses biens entre le Seigneur, sa famille et lui en cas de besoin :
Srila Rupa Gosvami est le frère cadet de Sanàtana Gosvami. Lorsqu'il quitte son poste au gouvernement, il emporte avec lui deux barques remplies de pièces d'or, des centaines de milliers de roupies amassées dans l'exercice de ses fonctions. Mais avant d'abandonner son foyer pour rejoindre Sri Chaitanya Mahaprabhu, il divise ses richesses comme suit: la moitié pour le service du Seigneur, un quart pour ses proches et un quart pour ses besoins personnels en cas de nécessité. Il donne ainsi l'exemple parfait de la conduite que doit adopter tout grihastha.

Afin d’éviter les offenses, le Seigneur enseigne Rupa Gosvami sur le comportement parfait du vaisnava envers les dévots du Seigneur, toutes les entités vivantes en général :
Sri Chaitanya lui enseigne donc la science du service de dévotion, comparant ce dernier à une plante. Il conseille au Gosvami de protéger avec grand soin cette plante de la bhakti contre l'éléphant en furie qu'est une offense commise à l'endroit d'un pur dévot du Seigneur. Il faut encore, ajoute-t-il, la protéger contre les désirs de jouissance matérielle, de libération moniste et de perfection yogique (par le hatha-yoga), car toutes ces entreprises sont nuisibles au développement du service de dévotion. De même, la violence envers les êtres vivants, la soif du gain, des honneurs et de la renommée matérielles représentent toutes autant d'obstacles sur la voie de la bhakti, ou bhagavata-dharma. Le service de dévotion pur doit être libre de tout désir pour le plaisir des sens, et il doit encore être dénué d'aspirations aux fruits des actes, comme de tout effort orienté vers l'acquisition de connaissances monistes. Il faut également s'affranchir de toutes désignations matérielles, et alors seulement, une fois établi de la sorte dans la pureté spirituelle et absolue, pourra-t-on servir le Seigneur, avec des sens entièrement purifiés. Aussi longtemps que subsiste le moindre désir de jouir par les sens, de ne plus faire qu'Un avec l'Absolu ou d'acquérir des pouvoirs yogiques, il ne saurait être question d'atteindre au service de dévotion pur.

En matière de service de dévotion, le Bhakti-Rasamrita-sindhu de Rupa Gosvami fait autorité.
Le service de dévotion s'accomplit en deux phases: d'abord sous forme d'apprentissage, puis d'une manière plus spontanée, motivée par des sentiments plus profonds. Lorsqu'on atteint ce niveau d'émotion spontanée, on peut encore progresser sur la voie, en développant un attachement pour le Seigneur, puis des sentiments plus vifs, de l'amour, et parcourir nombre d'étapes toujours plus élevées de l'ascension vers la perfection dévotionnelle, qu'aucun mot français ne saurait traduire. Nous avons par ailleurs tenté de développer la science du service de dévotion dans un ouvrage intitulé Le Nectar de la Dévotion, basé sur le Bhakti-rasamrta-sindhu de Rupa Gosvami, qui fait grande autorité en la matière.
Le pur service de dévotion se manifeste en cinq degrés d'échanges. 1) L'état de réalisation spirituelle suivant la libération de l'esclavage matériel correspond à un échange qu'on peut qualifier de neutre (ganta). 2) A partir de là, lorsqu'il a développé en lui la connaissance sublime des perfections internes du Seigneur, le bhakta peut gagner le niveau d'échange actif qu'on nomme dâsya. 3) Sur cette nouvelle base, le bhakta peut développer un sentiment de fraternité respectueuse envers le Seigneur, puis, au-delà, d'amitié, où il commence de considérer le Seigneur comme son égal. Ces deux étapes sont nommées sàkhya, ou service de dévotion dans l'amitié. 4) Au-delà se trouve encore le niveau de l'affection parentale pour le Seigneur, et on nomme cet échange du nom de vatsalya. 5) Et enfin, le niveau des sentiments amoureux, ou madhurya, qu'on qualifie du plus haut degré de l'amour de Dieu, bien que sur le plan qualitatif il n'existe aucune différence entre les cinq niveaux d'échange décrits dans ces lignes.

Sri Chaitanya donne à Rupa Gosvami ces enseignements sur la science dévotionnelle puis l'envoie à Vrindavana redécouvrir les lieux, depuis longtemps oubliés, où se sont déroulés les Divertissements sublimes du Seigneur, Sri Krishna. Après quoi Sri Chaitanya retourne à Varanasi, où Il délivre les sannyasis màyàvadis puis instruit le frère aîné de Rûpa Gosvami, mais nous avons déjà parlé de ces faits.

Le Seigneur Chaitanya ne laisse pour tout enseignement écrit huit versets, appelé Siksastaka, qui forme un résumé complet de la philosophie de la conscience de Krishna.
Sri Chaitanya Mahàprabhu ne laisse, pour tout enseignement écrit, que huit versets (slokas), connus sous le nom de Siksastaka. Tous les autres écrits traitant du culte divin qu'Il enseigna sont dus à la plume des principaux disciples du Seigneur, les six Gosvamis de Vrindàvana, et de leurs propres successeurs. La philosophie de Sri Chaitanya Mahàprabhu est de loin la plus féconde, et il faut y reconnaître le point de vue spirituel le plus vivant aujourd'hui, doué du pouvoir de se répandre en tant que le visva-dharma, ou la religion universelle. Notre bonheur est que des sages animés d'un grand enthousiasme, tel Bhaktisiddhânta Sarasvati Gosvami Maharàja et ses disciples, aient pris déjà la peine de développer le sujet comme il le mérite. Quant à nous, l'attente ardente de voir les jours heureux où régnera le bhagavata-dharma, ou prema-dharma, institué par Sri Chaitanya Mahaprabhu, nous occupe tout entier.

Les huit slokas écrits par Sri Caitanya Mahàprabhu sont les suivants:

1)-ceto-darpana-marjanam bhava-maha-dàvagni-nirvapanam
   -sreyah-kairava-candrikàvitaranam vidya-vadhû-jivanamàm
   -andambudhi-vardhanatm pratipada pùrnâmritasvâdanam
   -sarvâtma-snapanam parant vijayate sri-krishna-sankirtanam

« Gloire au sankirtana de Sri Krishna. De nos coeurs il balaie toutes choses impures accumulées au cours des âges, il éteint le feu brûlant de l'existence conditionnée, avec ses naissances et ses morts sans fin. Le Mouvement du sankirtana répand sur tous les hommes la bénédiction la plus grande, diffusant ses rayons comme la bienveillante lune. Ame du savoir spirituel, il fait croître l'océan de félicité absolue, il nous donne de savourez, le nectar dont nous languissons sans cesse. »


 2)-namnam akari bahu-dha nija-sarva-saktis
    -tatrarpita niyamitah smarane na kalah 
    -etàdrisi tava kripa bhagavan mamapi
    -durdaivan idrisam ihajani nanugarah

« Ton Saint Nom peut seul, ô Seigneur, combler l'âme de toutes les grâces. Or, des Noms sublimes, Tu en possèdes à l'infini, tel Krishna, ou Govinda, que Tu as investis de toutes Tes puissances spirituelles; pour les chanter, aucune règle stricte. Dans Ton infinie miséricorde, ô Seigneur, Tu permets qu'on s'approche aisément de Toi par le chant de Tes Saints Noms, mais dans mon infortune, je ne suis capable d'aucun attrait pour eux."

3)-trinàd api sunicena
   -taror api sahisnuna 
   -amanina manadena
   -kirtaniyah sada harih

"Les Saints Noms du Seigneur, on devrait les chanter sans nulle prétention, en toute humilité, en se considérant moins qu'un fétu de paille dans la rue, en devenant plus tolérant que l'arbre et toujours prêt à offrir à autrui ses respects. Avec un tel esprit, c'est alors qu'on peut sans fin chanter les Saints Noms du Seigneur."

4)-na dhanam na janam na sundarim
   -kavitam va jagad-isa kàmaye 
   -mama janmani janmanisvare
   -bhavatad bhaktir ahaituki tvayi

"0 Seigneur tout-puissant ! Je n'aspire nullement aux richesses, je ne rêve pas de jolies femmes et ne recherche pas non plus de disciples. Je désire uniquement m'absorber sans fin, vie après vie, dans Ton service d'amour pur et absolu."

5)-ayi nanda-tanuja kinkaram
   -patitam mam visame bhavambudhau 
   -kripayà tava pada-pankaja
   -sthita-dhùli-sadrisam vicintaya

« Je suis Ton serviteur éternel, ô Krishna, fils de Nanda Maharâja, et cependant, pour une raison ou une autre, me voilà tombé dans l'océan de l'existence matérielle. Je T'en prie donc, arrache-moi à ces vagues de morts et de renaissances, change-moi en un atome de poussière sous Tes pieds pareils-aulotus. »

6)-nayanam galad-asru-dharayà 
   -vadanam gadgada-ruddhaya gira 
   -pulakair nicitam vapuh kada 
   -tava mama-grahane bhavisyati

« Quand donc, ô Seigneur, mes yeux se pareront-ils d'un flot incessant de larmes d'amour en récitant Tes Saints Noms? Quand donc mes paroles s'étrangleront-elles en prononçant Tes Saints Noms, et quand donc tous les poils de mon corps se dresseront-ils au chant de Tes Saints Noms. »

7)-yugàyitam nimesena
   -caksusa pràvrisàyitam
   -sùnyayitam jagat sarvam
   -govinda virahena me.

"Je Te sens si loin de moi, ô Govinda, que chaque instant me semble douze années ou plus, une éternité, et des torrents de larmes jaillissent de mes yeux. Toi absent, l'univers entier me paraît vide.

8)-aslisya va pada-ratam pinastu màm 
   -adarsanàm marma-hatâm karotu va
   -yatha tatha va vidadhatu lampato
   -mat-pràna-nàthas tu sa eva naparah.

"Krishna demeure et demeurera toujours mon unique Seigneur, dût-Il m'écraser sous Son étreinte ou me briser le cœur par Son absence. Totale est la liberté d'agir à Sa guise en toutes circonstances. Il n'en reste pas moins l'éternel objet d'amour que j'adore, sans y mettre de conditions."

 



 

 

 

 


 

 

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